Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Le déclin de la famille (et pourquoi c’est une bonne chose)

Posted on | juillet 21, 2013 | No Comments

Les opposants au mariage gai ramenaient souvent sur le tapis le même vieil argument éculé: « Si on défait l’institution du mariage, qu’est-ce qui empêchera les gens de marier leur chat, leur chien, leur automobile? La polygamie? C’est l’institution de la famille elle-même qui est en péril. » Évidemment, ces arguments ont été tournés en ridicule. Ils n’en demeurent pas moins vrais: l’institution de la famille est appelée, sinon à disparaître, du moins à se transformer radicalement. Et c’est une excellente nouvelle.

La famille en tant que telle n’est pas une nécessité génétique, mais une institution, une construction sociale. Ses rôles sont multiples et changeant, mais s’orientent principalement autour de la socialisation des enfants et de la survie économique. Dans une perspective historique, où les institutions culturelles et éducatives (écoles, garderies) étaient rudimentaires, sinon absentes et les conditions économiques périlleuses, le rôle de la famille était primordial. Le refus d’un seul des membres de la cellule familiale de se conformer aux besoins de celle-ci pouvait mettre en danger l’ensemble de la famille. D’où l’importance du renforcement des « valeurs traditionnelles », de l’autorité parentale – surtout paternelle, etc.

Mais voilà, depuis quelques années, les deux besoins justifiant l’existence de la famille traditionnelle (survie économique et socialisation des enfants) tendent à être assumés par l’ensemble de la société, du moins dans les économies les plus avancées. Il est maintenant possible pour un homme ou une femme seule d’élever ses enfants en jouissant d’un bon confort économique (même si un rattrapage est toujours nécessaire au niveau du revenu moyen des femmes en comparaison de celui des hommes). Les réseaux éducatifs dédiés à la petite enfance puis à l’éducation primaire et secondaire transmettent des bases communes à l’ensemble des enfants. Le rôle du ou des parent(s) est toujours primordial, mais la cellule familiale n’est plus maintenant l’unique véhicule de transmission de valeurs et de connaissances.

On assiste conséquemment à la diffusion de modèles familiaux qui auparavant n’auraient pas été viables: familles monoparentales, femmes décidant d’avoir seuls leurs enfants,  familles avec deux parents de même sexe, familles dans un contexte où les parents sont polyamoureux (polygamie et/ou polyandrie), etc. Fait important:  les enfants semblent tout de même bien se débrouiller, peu importe le type d’organisation familiale.

L’institution de la famille telle qu’on la connait est effectivement appelée à disparaître, à se transformer, à évoluer. Mais contrairement à ce que nous affirment les réactionnaires de tout acabit, ce n’est pas à cause de la révolution sexuelle. Plutôt, les deux ont une cause commune, soit les changements sociaux et économiques plus vastes que traverse la société et qui procurent un filet social de plus en plus efficace à ses membres.

L’ancienne famille basée sur les circonstances de l’hérédité peut maintenant céder la place à de nouveaux modèles basés sur les affinités personnelles. Les vieux carcans d’antan n’ont plus leurs raisons d’être et disparaissent progressivement. Les valeurs suivront également (c’est déjà commencé): adieu le mariage pour la vie, l’hétéro-normativité, les restrictions sur le nombre et le type de partenaires, et les besoins que ceux-ci doivent remplir.

Nouvelles libertés, nouvelles valeurs. Le tout ne se fait pas du jour au lendemain, ni sans heurts. Mais il est important de prendre note de ce changement.

 

 

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Un petit 2%?

Posted on | juillet 3, 2013 | 1 Comment

François Legault y est allé d’une autre déclaration humoristique dernièrement: la loi spéciale fixant à 2% les hausses de salaire des travailleurs est injuste, car elle favoriserait indûment les syndicats aux dépens des pauvres patrons. Bon, au-delà de la rhétorique anti-syndicale de Legault et de la CAQ, qu’en est-il réellement?

D’abord, comme vous le verrez dans l’article ci-dessus, la hausse ne fait que suivre l’inflation anticipée pour 2014 (soit 1,9%). En d’autres mots, l’augmentation suffira tout juste à maintenir le pouvoir d’achat des travailleurs. Ceux-ci ne verront aucune amélioration de leur sort économique malgré une année d’ancienneté supplémentaire.

On voit que les travailleurs sont indûment favorisés, en effet… Mais qu’en est-il des patrons? Creusons un peu la question. Les profits des entreprises peuvent être accaparés par les travailleurs, ou les actionnaires. Dans un marché du travail et de l’investissement en parfaite concurrence, tout le monde aurait un retour correspondant exactement à son importance dans l’entreprise. La richesse créée se répartirait en proportions constantes entre les deux.

Dans la réalité, c’est un peu différent. Examinons un peu les données sur le PIB du Canada (source: http://www.indexmundi.com/facts/canada/gdp). Voici la croissance nominale du PIB au Canada.

1960: 39,851,730,000.  2011: 1,718,690,000,000. Soit une croissance annuelle de 7,66%.

Cette croissance, rappelons-le, n’est pas ajustée pour l’inflation. Ceci dit, les hausses de salaire non plus. Lorsque Marois offre 2% au travailleurs, c’est uniquement 2%, et non 2% +  la valeur de l’inflation. En termes réels, la hausse de salaire est presque nulle.

Regardons maintenant la croissance réelle du PIB du Canada, soit la croissance ajustée pour l’inflation. (Les valeurs sont en dollars constants de 2005).

1960: 280,630,000,000.  2011: 1,494,710,000,000. Soit une croissance réelle de 3,33%

Certains diront qu’on ne peut pas comparer la croissance des années 60 avec celle du XXIème siècle. C’est un argument qui se défend. Alors si on refait l’exercice entre 1998 et 2011, on arrive à une croissance nominale de 4.97% et une croissance réelle de 2.45%.

Pendant ce temps, que se passait-il avec le salaire horaire des travailleurs? (tel que vu sur http://www.statcan.gc.ca/pub/11f0019m/2013347/longdesc-ct001-fra.htm) Entre 1980 et 2011, la croissance annuelle en terme réel du salaire horaire (c’est à dire, ajusté pour l’inflation) était de 0.33% pour le salaire médian, et 0.44% pour le salaire moyen. De 1998 à 2011, la croissance médiane annuelle du salaire fut de 0.47% et la croissance moyenne, de 0.76%.

Bon, qu’est-ce que ça veut dire tout ça? La richesse réelle créée est de 2.45% par an. Les travailleurs n’en bénéficient seulement qu’à hauteur de 0.47% par an. Quelqu’un s’en met plein les poches, et ce n’est ni vous, ni moi. Un petit indice: lorsque la moyenne est supérieure à la médiane, ça veut dire que, quelque part dans le haut, les données sont considérablement plus élevé, ce qui fausse un peu l’impression laissée par la moyenne.

Qui est en haut de l’échelle? Allons voir la progression de leur salaire. Dans le même laps de temps (1998-2011), le salaire médian des gestionnaires augmente de 2,3% annuellement. Le salaire moyen, de 1.85%. (Cette dernière donnée est en soit fascinante. Ça veut dire qu’il y a eu un certain « rattrapage » des gestionnaires les moins payés, qui s’empressent d’imiter leurs confrères plus grassement rémunérés). On voit que ça suit de beaucoup plus près la création de la richesse réelle, alors qu’entre 1980 et 1998 ce n’était pas du tout le cas. Dans les mots de Statistiques Canada:

« Même lorsque l’on tient compte de ces effets de composition, le logarithme des salaires moyens des gestionnaires a augmenté plus rapidement que celui des employés dans des professions propres à la transformation, à la fabrication et aux services publics. Cela laisse supposer que d’autres facteurs, comme ceux mentionnés précédemment, ainsi que des facteurs particuliers exerçant des pressions à la baisse sur les salaires des travailleurs dans les professions propres à la transformation, à la fabrication et aux services publics, sous-tendent la majeure partie de la différence dans la croissance des salaires observée entre ces deux groupes professionnels de 1998 à 2011. »

Autrement dit, les salaires des patrons grimpent de façon disproportionnée sans qu’il n’y ait vraiment de raison.

Que s’est-il passé depuis 1998 au Canada? Je n’ai pas fait le survol des causes possibles, mais mentionnons une baisse continue du taux de syndicalisation au pays (http://www4.rhdcc.gc.ca/.3nd.3c.1t.4r@-fra.jsp?iid=17). On dira ce qu’on voudra contre les syndicats, mais ils peuvent au moins assurer que la richesse soit plus équitablement répartie entre tous les agents économiques.

Le constat est de toute façon clair: le travail profite de façon disproportionné aux détenteurs de capital, qui s’accaparent une portion de la richesse créée sans commune mesure avec leur investissement. Une hypothèse: les gestionnaires maintenant profitent aussi de plus en plus de la valeur en capital de leur entreprise, via des régimes de participations, d’options d’achat, etc. Un privilège que les travailleurs n’ont pas encore gagné, et devront se battre pour obtenir.

Après tout, imaginez si votre augmentation moyenne dans les 15 dernières années avait été de près de 5% par an. C’est votre contribution à la richesse créée pendant ce temps. Vous devriez vous battre pour l’obtenir: elle vous appartient.

* * *

AJOUT: On pourrait argumenter que la croissance du nombre de travailleur est responsable pour la mauvaise distribution (i.e. plus de travailleur gagnent un salaire moyen, donc il reste moins d’argent au capital). Mais la croissance du nombre de travailleurs n’est que de 1,38% par an en moyenne entre 1998 et 2011. On est donc encore loin du compte. Cette argument est de surcroît contredit par la composition du PIB selon les revenus, la part des salaires et traitement passant de 44,4% à 43,0% entre 1998 et 2011, tandis que la part des excédents d’exploitation bruts passait de 24.6% à 28,0% et les impôts (moins subventions) passaient de 12,2% à 9,9%. (source: http://www5.statcan.gc.ca/cansim/a46?lang=fra&childId=3800063&CORId=3764&viewId=2). Autrement dit, tous les gains réalisés par les entreprises l’ont été aux dépens du gouvernement et des salariés.

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L’idéalisme en deuil

Posted on | mai 11, 2013 | No Comments

J’ai mal à mon idéalisme. Après 9 ans de gouvernement libéral au Québec, une fin de règne mouvementée ayant déchiré le tissu social de la Belle Province comme jamais auparavant et de belles promesses porteuses d’avenir avec l’ascension minoritaire du PQ, 8 mois plus tard, j’ai comme un goût de cendres dans la bouche.

Je suis monté aux  barricades, j’ai tapé sur des casseroles, j’ai démonisé le PLQ comme pas un, certes. Les témoignages reliant ce parti aux malfrats corrompus défilant à la Commission Charbonneau me choquent toujours autant. Mais… j’ai comme une hésitation soudaine…

Surtout, la nausée me prend quand j’entends Pauline Marois décréter que le gouvernement libéral est responsable du tiers de la dette accumulée du Québec. Une nausée comme pas une, ayant pour cause une attaque délibérée contre le gros bon sens.

Voyez-vous, le montant de la dette, par lui-même, ne fait aucun sens. Par exemple, si je m’achète une maison demain pour 250 000$, et que je prends une hypothèque de 200 000$, ma dette vient d’augmenter de façon prodigieuse. Mais j’ai un actif pour compenser.

Ceci dit, c’est bien beau avoir des actifs, mais encore faut-il avoir des revenus pour assumer les dettes qui vont avec. Donc, disons que dans dix ans, je ré-hypothèque ma maison à 400 000$. Ma dette vient de doubler (oublions le fait que j’ai fait des paiements pendant dix ans). Mais si mon salaire, dans cette période, a également doublé, ma situation économique n’a pas vraiment changé.

Revenons au Québec. La dette brute a grimpé de près de 30% sous le règle libéral. Mais le PIB nominal a également grimpé de près de 30% pendant la même période. En fait, le taux d’endettement du Québec n’a pratiquement pas bougé selon ces indicateurs. Difficile de blâmer les libéraux alors pour le boulet financier, alors qu’il n’ont fait que maintenir l’équilibre déjà en place, équilibre hérité des gouvernements précédents.

Mais bon, la création de richesse n’est pas tout, encore faut-il la distribuer! On vante souvent les politiques sociales des péquistes. Le sort de la population dans son ensemble doit donc s’améliorer sous le PQ, et se détériorer sous le PLQ? Ceux-ci ne sont-ils pas notoirement près des intérêts privés? Ce qu’on constate, c’est que les inégalités dans la distribution de la richesse ont décru au Québec depuis l’arrivée au pouvoir de Jean Charest… (suivez la ligne bleue).

Statistiques inégalité

En fait, si on superpose les gouvernements successifs du PQ et du PLQ, voici à peu près la tendance que ça donne:

Statistiques inégalité 2

Et c’est là que mon idéalisme s’effondre. Parce que malgré le fait que le gouvernement Charest ait été peuplé de ministres corrompus et sans scrupules, la gestion des finances publiques n’en a pas autrement souffert et au contraire, l’inégalité a amorcé une descente constante. En fait, le pire promoteur de l’inégalité économique au Québec a été le gouvernement Parizeau, suivi des gouvernement Bouchard et Landry.

Mon idéalisme se rebiffe car confronté à cet enjeu réaliste et pragmatique, je me demande s’il vaut mieux laisser des incompétents bien intentionnés à la tête d’une province quand des gestionnaires efficaces mais se remplissant les poches à même nos impôts font un travail qui profite à davantage de citoyens.

Je n’ai pas de bonne réponse. En fait, je n’ai pas de réponse du tout. Qu’un immense sentiment de vide.

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L’inconfort

Posted on | avril 20, 2013 | No Comments

Ce n’est pas la première fois que la situation se produit, mais elle me laisse à chaque fois le même arrière-goût amer. Un événement malheureux se produit quelque par en Occident, et voilà qu’aussitôt les bien-pensants le minimisent en mettant de l’avant la souffrance du Moyen-Orient ou du Tiers Monde. Les réactions aux attentats du marathon de Boston s’inscrivent parfaitement dans ce moule navrant.

L’attentat du 15 avril est de 3 morts et de 170 blessés. La même  journée, des attentats ont fait 37 morts et 270 blessés en Irak. En même temps, la violence se déchaîne sur une base quotidienne en Syrie, comme on s’est rapidement chargé de nous le rappeler.

Chacun de ces décès, chaque blessé est en soi une tragédie, une source de tristesse pour chacun. Ce qui me déçoit cependant, c’est de voir certains tenter de minimiser la portée des événements de Boston au su de ce qui se passe ailleurs dans le monde. Mathieu Bock-Côté a exprimé son point de vue à ce sujet déjà, mais je me permets d’en rajouter une couche, ou peut-être d’apporter une certaine nuance.

La couverture médiatique nord-américaine fait plus de place aux attentats de Boston qu’à ceux ailleurs dans le monde, certes. Cela ne signifie pas en soit qu’elle est insensible à la douleur, ailleurs, mais plutôt que son lectorat, légitimement, risque d’être plus préoccupé par les attentats domestiques. Boston n’est pas si loin. J’y ai des amis, des connaissances, j’y ai mis les pieds. Je me sens plus interpellé par ce crime que par celui se produisant en Irak (où je ne connais pas personne, à part Pierre Foglia qui va y faire du vélo à l’occasion) mais, nuance importante, je ne minimise pas la douleur et le deuil vécu par quiconque ailleurs dans le monde ce faisant.

Critiquer la couverture médiatique en rappelant le poids des décès à l’étranger, en rappelant que les États-Unis et le monde occidental, par leur politique étrangère, y sont pour quelque chose, reviens non seulement à minimiser la portée du geste terroriste en Occident mais d’une certaine façon à le légitimer. La violence en Syrie est plus fréquente, donc plus importante que celle en Amérique? Voilà alors qu’indirectement un mort américain a moins de valeur qu’un mort syrien. S’il vaut moins, si, en suivant cette spirale de logique tordue, il en finit par ne plus rien valoir du tout, alors cette violence, cette terreur devient légitime en Amérique.

Mais voilà, la terreur n’est jamais légitime, ni ici ni ailleurs. Il n’y a rien de légitime ni dans le décès d’un spectateur de 8 ans au marathon de Boston, ni comme dans le décès d’un enfant irakien lorsque le mariage de sa famille est bombardé par inadvertance. Il n’y a qu’une tragédie et une tristesse infinie dans les deux cas.

 

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Réflexions sur le gaspillage

Posted on | janvier 19, 2013 | No Comments

Le billet d’aujourd’hui ne touche pas à l’actualité, bien que ses préoccupations soient tout en fait en lien avec notre quotidien. Il s’agit plutôt d’une ébauche de réflexions, d’idées que je souhaite coucher par écrit afin de mieux pouvoir y revenir plus tard. Vos commentaires ainsi que vos propres réflexions seront évidemment les bienvenues au bas de ce texte. Vous pourrez le trouver simpliste et réducteur; il n’y a pas d’étude détaillée pour soutenir chaque point, que des préoccupations et une réflexion très succincte appelée à évoluer dans le temps.

On aborde souvent le gaspillage du point de vue du consommateur. L’impulsion effrénée qui nous pousse à se procurer divers objets, trop de nourriture pour nos besoins, ce qui fait que l’on se retrouve à jeter ce qui ne nous convient plus, de même que les aliments qui se gâtent. On met ainsi le fardeau de la culpabilité sur l’utilisateur final du produit, sans trop s’interroger sur la structure qui sous-tend ce mode de vie.

Évidemment, on critique tout autant le gaspillage du point de vue du producteur: suremballage, obsolescence planifiée par exemple. Il est facile mais sans doute trompeur et un peu réducteur par contre de porter tout le blâme du gaspillage sur l’un ou l’autre, consommateur ou producteur. Et si les racines de la surproduction et de la surconsommation étaient enfouies bien plus loin dans notre modèle social?

En fait, le gaspillage est un travers systémique de n’importe quelle économie de marché, et une conséquence inéluctable de la spécialisation du travail. Le concept de marché lui-même dépend du surplus de production. Différents cultivateurs par exemple récoltent leurs denrées en différents niveaux d’abondance, échangent celles-ci par le troc ou la monnaie contre d’autres marchandises. Ce surplus peut ou non être volontaire, dans la mesure où on ne détermine pas par avance le succès des activités agricoles, de chasse et de pêche, par exemple.

Dès que la spécialisation de la production entre en jeu par contre, la création d’un surplus devient une condition nécessaire à la survie économique de l’artisan. Ainsi, un potier peut créer sur demande uniquement les marchandises que viendront lui commander ses clients. Par contre, pour être prêt pour le marché, il peut aussi créer d’avance ses produits de façon à pouvoir les écouler en profitant de l’opportunité offerte, soit la présence simultanée de plusieurs clients potentiels.

L’artisan prend alors un risque, le risque de surproduction, risque tempéré par sa connaissance du marché, du nombre de clients qui y seront, de leurs habitudes de consommation, de leurs besoins et désirs, ainsi de suite. Mais le risque ne peut jamais être complètement atténué et à l’occasion, l’artisan se retrouve avec un surplus de marchandise qui ne peut être écoulé mais dont il doit quand même supporter les coûts de production.

Avec le temps, les stratégies pour lutter contre cette éventualité se sont développées (de façons qui ne sont sans doute pas inéluctables) pour inclure le recours à différents agents ou réseaux de distribution (des revendeurs, des franchisés, etc.) afin de répartir le surplus sur différents marchés, de même que toutes les techniques que nous connaissons pour susciter le désir envers nos produits (publicité, marketing, etc.).Autrement dit, pour équilibrer l’offre et la demande, de préférence afin de s’assurer que la demande soit toujours égale ou supérieure à l’offre.

Mais les conditions fondamentales du marché demeurent inchangées: la nécessité de spécialiser l’effort et de dépendre d’un surplus planifié pour la production. L’échelle a considérablement changé; les capacités de production et de financement, de même que la tolérance au risque des multinationales et des marchés financiers est sans aucune mesure avec celles des siècles précédents. Ceci fait ressortir encore plus cruellement le défaut de notre système économique: l’inévitabilité du gaspillage et les connaissances dramatiques qu’on y connait.

Je n’ai pas de solution. Ce travers n’est pas propre au capitalisme tel qu’on le connaît mais à n’importe quel système économique dépendant de la spécialisation du travail. Ça vaut sans doute la peine d’y réfléchir un peu. J’y reviendrai donc éventuellement, mais pour l’instant je vous invite à commenter. Tout ça a sans doute déjà été abordé ailleurs, n’hésitez pas à me suggérer des auteurs si vous en connaissez!

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Mon souhait « Réseaux Sociaux » pour 2013…

Posted on | décembre 22, 2012 | No Comments

Mon souhait « Réseaux Sociaux » pour 2013: ne plus voir de ces horribles statuts disant à quel point vous étiez donc formidables dans votre jeunesse parce que vous n’aviez pas de iPhone et de jeux vidéos et d’autres gadget, mais que vous alliez plutôt jouer dehors ou bien boire l’eau directement du boyau d’arrosage.

Non mais franchement (attention, le mode « Patrick crinqué » a été mis en marche!), il faudrait réaliser qu’en disant ça, vous ne réussissez pas à isoler la jeunesse ou la nouvelle génération comme différente, unique et pour une mystérieuse et ineffable raison moins glorieuse que la vôtre. Par contre, vous réussissez spectaculairement à vous faire le calque parodiques des centaines de générations vous ayant précédé et qui ont toujours, toujours trouvé quelque chose à redire contre leurs enfants. Vos parents le faisaient, leurs parents aussi, les Romains le faisaient, les Grecs aussi et je suis certain que quelque part, dans une caverne à Lascaux, y’a un Cro-Magnon qui a peinturé une scène pour bitcher contre la façon dont ses enfants allaient chasser le mammouth, alors que lui était tellement plus viril lorsqu’il s’attaquait à un troupeau d’aurochs.

En fait, au moment d’appuyer sur le bouton « Publier », vous pourrez vous dire que vous êtes enfin devenus non pas des adultes, non pas des grandes personnes, mais bien des « vieilles » personnes, dans le même moule que les milliards de vieux qui vous ont précédés. Qui préfèrent un monde statique, nostalgique et vachement imparfait à la promesse et au potentiel de l’inconnu, même s’il est différent, s’il nous bouleverse, et s’il est totalement incompréhensible.

Je préfère donc à cet avachissement une jeunesse qu’on décrit comme égoïste et apathique sans réaliser que ce sont le reflet des défauts des commentateurs, alors qu’on la découvre après observation attentive parfois branchée, parfois solidaire, parfois dans la rue, parfois revendicatrice, souvent porteuse d’idéaux et de bouleversements.

Mon souhait « Réseaux Sociaux » pour la prochaine année: réaliser qu’en 2013, on peut être adulte sans être vieux.

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Les coquelicots de la colère

Posted on | novembre 3, 2012 | 1 Comment

Étrange tempête médiatique que ce débat autour du coquelicot de Pauline Marois. La Première Ministre a en effet eu l’idée saugrenue de fixer au centre du sien une petite épinglette représentant le fleur de lys. Il n’en fallait pas plus pour que des vétérans crient à l’insulte et que la classe politique québécoise s’enflamme.

Ceci nous apprend au moins trois choses:

  1. Il est temps que le hockey recommence, beaucoup de gens n’ont manifestement pas assez de distractions ces temps-ci
  2. « Aucune autre épingle ne peut être utilisée pour fixer le coquelicot. » Semble-t-il qu’il y a un protocole très sévère à cet effet.
  3. Je ne suis pas le seul à trouver l’épingle actuelle du coquelicot de si piètre qualité qu’elle se révèle parfois même dangereuse.

Nonobstant ces considérations, revenons sur le coeur du débat. À quoi pensait-donc Pauline Marois en posant ce geste? Ma première réaction fut de penser que la Première Ministre est tellement obsédée par la cause nationaliste qu’elle tient à en imposer le symbole partout, même par-dessus un symbole aussi rassembleur que le coquelicot. Je percevais cette réaction non comme un plan réfléchi, mais comme l’expression inconsciente des motivations de Marois.

C’était peut-être un peu exagéré comme soupçon. En allant souper avec une de mes amies, j’ai eu droit à une version plus terre-à-terre. « Voyons Patrick, une femme ne peut pas se présenter en public avec un coquelicot sur un côté du col de sa chemise, et le fleur de lys de l’autre côté. Elle s’est regardée dans le miroir, a vu que ça ne faisait pas d’allure et s’est dit, ‘Tiens, je vais mettre l’un dans l’autre, c’est joli’. Fin de l’histoire. » Mais comme je ne suis qu’un homme et une brute épaisse conditionnée à chasser le mammouth, je n’ai pas immédiatement songé à cette conclusion.

Par contre, mon cerveau préhistorique s’est aussi dit que la foutue épingle retenant le coquelicot est tellement mal conçue qu’à tout coup, le symbole tombe au moment inopportun ou que l’épingle elle-même nous laboure la peau de façon fort inconvenante. Il est possible que l’utilisation d’une autre épinglette plus sécuritaire pour le retenir en place ne soit qu’un réflexe de survie louable de la part de la Première Ministre. Un garde du corps avisé aurait fait la suggestion; c’est du moins la ligne de communication que j’utiliserais…

Dans un cas comme dans l’autre, je crois qu’on passe à côté du message fondamental. Il y a près d’un siècle, des milliers d’hommes et de femmes ont courageusement combattu pour préserver entre autres notre liberté d’expression. La meilleure façon de les récompenser serait de souligner leur sacrifice plutôt que de le récupérer indignement en agissant comme des crétins moralisateurs.

Et comme c’est de saison, je vous laisse sur ma propre version du coquelicot, qui souligne un autre combat mené en novembre:

 

 

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Condamnation de GND: La petitesse

Posted on | novembre 1, 2012 | 2 Comments

Je déteste l’expression « né pour un petit pain. » Le mépris qui en suinte m’écoeure; la supériorité condescendante de celui ou celle utilisant l’expression (et qui ne se considère généralement pas comme né ou née pour un petit pain) m’irrite tout autant. Pourtant, après une semaine de nouvelles désarmantes et un jugement étonnant aujourd’hui, je m’interroge sérieusement sinon sur la petitesse, du moins sur l’absence de grandeur d’âme de certains.

Le jugement d’une part est profondément navrant. À priori rien ne semble être un outrage au tribunal dans les propos de Gabriel Nadeau-Dubois. Qu’un étudiant en faveur de la hausse et militant libéral ait une opinion contraire est une chose; qu’un juge, ancien candidat et militant libéral ait pu être saisi du dossier et rendre un tel jugement est renversant. Nous marchons ici sur la fine ligne séparant les pouvoirs; elle semble avoir été franchie allègrement.

Les réactions sont tout aussi choquantes. On peut être ou non d’accord avec la position de l’ancien porte-parole de la CLASSE; je l’ai trouvé par moment un peu extrémiste. Il avait toutefois le mérite d’incarner l’engagement étudiant, l’action collective, et un contre-pouvoir efficace en démocratie. Peu de gens auraient pu supporter le dénigrement et le salissage constant dont il a été victime.

Qu’on se réjouisse de son sort, dans les circonstances actuelles (intégrité douteuse du juge, action judiciaire fortement politisée, processus de nomination des juges très alambiqué sous le parti libéral, etc.) revient à se réjouir de l’échec de ces valeurs d’engagement, de communauté et d’action collective. C’est surtout tomber dans le panneau tendu par Jean Charest qui a monté de toutes pièces ce conflit en épingle, démonisant au passage les étudiants, afin de soutenir sa campagne électorale; stratégie qui au demeurant n’a échoué que de peu.

C’est un retour au nombrilisme, à l’individualisme farouche et égoïste. Qu’un individu puisse donner temps et énergie pour une cause, au-delà du seul gain personnel, semble échapper complètement à certains commentateurs.

Pendant ce temps, les corrompus défilent à la Commission Charbonneau sans trop se faire inquiéter. Il s’en trouvera pour dire qu’il ne faut pas mélanger les deux, qu’il n’y a aucun rapport. C’est pourtant complètement faux: l’organisation est justement ce qui caractérise la corruption qui est exposée devant la Commission. Une organisation perverse, mafieuse, détournant les fonds des citoyens qui pendant ce temps se sont désengagés du politique, du mouvement collectif.

Certains préféreraient sans doute que nous ne restions que de petites personnes, isolées, désunies, pour ne pas être en mesure de nous opposer aux comportements déviants que l’on expose publiquement ces jours-ci. Mais c’est justement pour ça que nous avons besoin d’un Gabriel Nadeau-Dubois, d’un Léo Bureau-Blouin, d’une Martine Desjardins: pour nous rappeler que la force de milliers de petites personnes est suffisante et peut constituer un contre-pouvoir efficace. Et surtout, que le jeu de ces multiples contre-pouvoir est nécessaire à l’épanouissement d’une démocratie saine et intègre.

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Le PQ ou la liberté d’agir

Posted on | octobre 9, 2012 | No Comments

On croyait que l’argent n’avait pas d’odeur; nous apprenons aujourd’hui qu’il a au contraire une riche fragrance de rose. J’ai l’impression que toute la province vient collectivement de se servir un gros sac de pop-corn et de s’installer devant les audiences de la commission Charbonneau. Zambito n’est que le premier à vider son sac; et encore son témoignage est toujours frappé d’un interdit partiel de publication! Imaginez-donc ce qu’il reste à venir…

Si le spectacle est captivant, il peut aussi pousser à l’action. C’est le moment comme jamais pour la population d’exiger un grand nettoyage, un contrôle accru des dépenses, certes. Mais c’est aussi une opportunité inouïe pour Pauline Marois de faire avaler de force à l’opposition libérale les éléments les plus controversés de son programme électoral.

Soyons réalistes: le PLQ est sur le point de s’entre-déchirer entre deux ou trois visions différentes de l’avenir du Parti. Couillard et Bachand, réputé ni l’un ni l’autre pour être très conciliateurs, feront l’impossible pour prendre le contrôle. Mais pire encore, le PLQ est en train d’être crucifié sur la place publique suite aux allégations de corruption que nous sert Lino Zambito. Les libéraux du Québec n’ont aucune envie de revivre le sort de leurs cousins canadiens, donc aucun intérêt à retourner en élection dans les prochaines semaines. On ne commet pas deux fois la gaffe de Paul Martin!

Le scandale a même débordé sur la CAQ avec l’incrimination de la député Hélène Daneault. Reste à voir ce que fera Jacques Duchesneau de cette situation…

Bref, l’opposition est dans les câbles. Ils déchireront leur chemise sur la place publique, scanderont haut et fort que les hausses d’impôts et la mise au rancart de Gentilly-2 sont inacceptables, mais les Libéraux ne leurreront personne. Certes, ils ne voteront pas en faveur des mesures présentées par le PQ. Ils ne voteront pas, point. Comme par magie, une bonne partie du caucus se trouvera d’autres activités, ce jour-là… Il faudra inaugurer une résidence pour personnes âgées dans le compté, ouvrir un CPE, faire une collecte de fonds, bref, la routine habituelle. Tout sauf être à l’Assemblée Nationale.

Alors vas-y, fonce, Pauline! C’est le temps d’en profiter.

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Le scandale des seins de la sensible starlette

Posted on | octobre 5, 2012 | No Comments

Je passerai sans doute pour un étrange énergumène qui ne se mêle pas de ses affaires, voir pour un macho phallocentrique qui n’a pour but que de promouvoir une image dégradante et archaïque de la femme, mais je n’arrive pas à comprendre pourquoi on fait tout un plat de la nouvelle campagne de l’Agence de la santé et des services sociaux visant à promouvoir l’allaitement.

S’inscrivant dans le cadre de la semaine mondiale de l’allaitement, on y voit Mahée Paiement en robe de soirée donnant le sein à son enfant, et le slogan de la campagne, Allaiter, c’est Glamour. Précisons que les cinq dernières lettres sont dans une couleur différente, ce qui livre un jeu de mot facile.

On se scandaliserait sur la faiblesse du calembour que je comprendrais mieux l’opprobre public, mais on vise plutôt l’image. Les adversaires de cette publicité y voient une tentative de réduire la femme à un simple niveau d’objet de beauté et un autre exemple de pression sociale visant à forcer les mères à allaiter leurs enfants.

Dans les faits, cette analyse est sommaire, réductrice et quelque peu précipitée. On semble prendre pour acquis que seules les futures mères ou celles venant d’accoucher sont visées par la publicité. En réalité, je vois également d’autres cibles.

D’abord, il y a la population en général. Si l’allaitement continue d’être de mieux en mieux perçu en public, ce n’est pas encore universel. On entend encore de temps en temps parler d’un restaurant ou d’un commerce quelconque qui tente d’expulser une cliente donnant le sein à son enfant. Il y a donc effectivement une certaine sensibilisation  à faire auprès de ces personnes et dans cette optique, le double sens que l’on veut faire porter à la publicité (glamour, donc surtout digne des lieux les plus exclusifs, et amour, car évidemment personne n’est contre l’amour) n’est pas déplacé.

Mais il y a aussi toutes ces femmes qui ont déjà pris la décision d’allaiter, qui sont souvent exténuées, nourrissant leur enfant jour et nuit, se percevant parfois plus comme un garde-manger humain que femme fatale. Sans sombrer dans le mélodrame, j’ai croisé bon nombre de femmes, pas superficielles du tout, mais qui avaient une vision tout à fait différente de leur image personnelle pendant l’allaitement et qui étaient sous le choc de ce constat. Elles reconnaissaient elles-même avoir de la difficulté à se sentir séduisante après l’accouchement et pendant l’allaitement.

En ce sens, c’est là où le vrai message de la publicité devrait porter : le geste d’amour que ces femmes posent, l’allaitement de leurs enfants, est également un geste d’une réelle beauté; beauté mise en scène de façon métaphorique par le mot « Glamour » (pour profiter du jeu de mot). C’est la beauté du geste, voir la beauté intérieure qui est glamour ici, et non l’actrice que vous voyez à l’écran.

Certains trouveront la pub maladroite; n’en demeure qu’en la voyant,  je ne me suis pas dit « Ah non, pas encore Mahée Paiement » mais bien « C’est vrai que c’est beau l’allaitement! » Ce n’est peut-être pas si raté que ça, alors…

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  • Photographie par Patrick Meunier

    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

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