Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Le goût du luxe

Posted on | août 1, 2010 | No Comments

Il peut sembler compréhensible, dans un monde où chacun lutte d’abord et avant tout afin d’assurer sa simple survie, que le goût du luxe soit mal perçu par les contemporains. Après tout, comment réagir si, le ventre vide, incertain de l’heure voir de la date de votre prochain repas, un fonctionnaire se pointe devant vous dans un véhicule dont le prix permettrait d’assurer la subsistance de votre village pour une année entière?

Ceci dit, nous pouvons difficilement qualifier le Canada de pays où chacun lutte pour sa survie. Au Québec par exemple, le prestataire d’aide social compte sur un maigre revenu d’un peu plus de 7000$ par an; bien en-deçà du seuil de la pauvreté, mais nettement supérieur au PIB par habitant de la Chine (6675$), de l’Ukraine (6327$), et de plusieurs pays d’Amérique Latine, par exemple (selon les données de la Banque Mondiale en 2009).

 Devrions-nous, par compassion pour la misère mondiale, agir contre les amateurs de voitures de sport? On objectera sans doute que la voiture n’est qu’un exemple du luxe dans lequel se vautrent les sociétés occidentales, tandis que le Tiers-Monde crève de faim. Bannirons-nous plutôt le luxe? Où se situera alors la limite. J’aime bien l’opéra – est-ce un luxe? Ce n’est certainement pas nécessaire à ma survie. Tout comme un téléviseur 60 pouces HD. Ou même 32 pouces. Pourtant, j’entends déjà les hauts cris dans les chaumières québécoises si je devais les priver de ce petit luxe consistant à s’inquiéter hebdomadairement des amourettes de quidams triés sur le volet, présentées sur petit écran pour le bonheur de tous.

Le luxe, c’est ce qui est hors d’atteinte. Et heureusement, l’humanité à ce désir constant de tendre vers ce qui est hors de sa portée. Certains réussissent, d’autres échouent. Mais aux vainqueurs, nous reconnaissons généralement le droit de jouir du résultat de leurs efforts. En enlevant cet incitatif, nous nous privons de la force motrice derrière l’évolution de l’humanité. Il ne s’agit guère plus que d’un moyen de se donner bonne conscience, en reportant sur les autres la responsabilité de soulager la misère du monde.

Tout cela ne veut pas dire qu’il faut laisser crever de faim les populations dans le besoin. Nous pouvons tous contribuer, collectivement, à la hauteur de nos moyens, via les taxes et impôts que nous payons. Et si nous souhaitons contribuer davantage, il ne nous reste qu’à restreindre les services dont nous jouissons, ou encore, augmenter les cotisations que nous payons au gouvernement.

À vous de décider si, avec le montant qui vous reste, vous préférez vous offrir une Porsche ou un téléviseur.

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  • Photographie par Patrick Meunier

    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

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