Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Efficacité et démocratie (première partie)

Posted on | août 5, 2010 | No Comments

La notion d’efficacité, soit l’utilisation optimale des ressources, a fait l’objet de l’article précédent. Je désire maintenant explorer davantage le concept, en examinant notre système politique sous la loupe de cette même efficacité. La question se pose donc: notre organisation de la démocratie représente-t-elle la meilleure façon de canaliser l’énergie citoyenne?

Évidemment, il nous faut quelques postulats de base. Dans mon exemple précédent, sur l’automobile, nous cherchions un moyen de se rendre du point A au point B de la façon la plus efficace (exit le bruit, exit la pollution, qui n’est qu’une preuve d’inefficacité, après tout). Maintenant, nous chercherons une façon efficace de faire vivre la démocratie, dans le respect notamment de la Charte des droits et libertés ainsi que (mais dans une moindre mesure) de la constitution canadienne. Le cadre juridique découlant de ces deux principes devra bien entendu être pris en compte.

Posons d’abord un diagnostique: le système politique actuel nous force à concentre la pouvoir de l’électorat au sein du gouvernement. La réduction des idées converge alors en différentes factions qui s’assemblent éventuellement en partis. Ces partis tentent de représenter de façon homogène une population très hétérogène. Le mécanisme de réduction de l’électorat survient (sauf exceptions) à intervalles plus ou moins réguliers, c’est ce qu’on appelle l’élection. Toute idée désirant s’imposer dans l’agenda politique doit par conséquent s’unir à une faction, puis à un parti. Ce parti monopolise ensuite une bonne partie de ses ressources (temporelles, financières, humaines) à accéder au gouvernement. Un parti s’imposant avec suffisamment de force contrôle alors le gouvernement jusqu’à la prochaine concentration de l’électorat. Entre ces moments, l’électorat n’a pas de pouvoir direct sur le gouvernement.

Le gouvernement comprend également un second organe, le Sénat, formé de représentants nommés par la faction contrôlant le gouvernement à un moment donné. Cet organe peut également, dans une moindre mesure, faire obstruction aux idées avancées par le parti au pouvoir.

Enfin, les têtes dirigeantes du gouvernement, devant planifier le développement stratégique du pays et intervenir en cas de crise dans une variété de domaines, doivent obligatoirement être choisies à partir de ce bassin très restreint d’individus élus, et doivent idéalement (bien qu’il ne s’agisse pas d’une obligation formelle) être représentatifs de la diversité de l’électorat dans son ensemble.

Déjà, les mécanismes en question soulèvent de multiples problèmes. Premièrement, le rôle participatif des citoyens est réduit à son minimum. Ensuite, un si petit échantillon de députés n’est pas statistiquement représentatif de sa population, du moins pas dans une marge d’erreur acceptable (et pour ce, il nous faudrait au moins 1000 députés). La centralisation de la prise de décision pose déjà un problème.

Vient ensuite le problème d’expertise. Il n’est pas nécessairement acquis que dans la majorité au pouvoir, un nombre suffisant de gestionnaires compétents seront présent pour assumer les différentes fonctions du pouvoir, alors que dans la population dans son ensemble, de tels gestionnaires peuvent plus aisément être identifiés.

Mais surtout, la mécanique du processus elle-même laisse place à l’inefficacité. Les élections à intervalles fixes s’intègrent mal dans le courant de la vie quotidienne. Les ressources intellectuelles des travailleurs de chaque partie sont diverties vers la recherche de la victoire électorale, et non vers la gestion des affaires courantes du pays. La concentration du pouvoir au sein d’un plus petit nombre d’individus rend plus facile le lobbyisme (dans le meilleur des cas) ainsi que la coercition et la corruption (dans le pire des cas).

La liste des problèmes ne s’arrête pas ici, bien entendu. Mais nous avons suffisamment d’angles d’approche afin de tenter de découvrir une mécanique démocratique un peu plus efficace. Ce sera encore une fois le sujet de l’exposé de demain.

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