Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Jouer à l’autruche ne suffit plus

Posted on | septembre 28, 2010 | 2 Comments

Dans un geste inattendu, la cour supérieure de l’Ontario a invalidé aujourd’hui trois pans important de la législation restreignant les activités de prostitution au Canada. Au nom principalement du risque posé à la sécurité physique des travailleurs et travailleuses du sexe, le jugement renverse l’interdiction d’opérer une maison de débauche, de communiquer à propos de la prostitution et de rémunérer de tierces personnes avec les gains de ces mêmes activités.

Le gouvernement conservateur, par la bouche de son ministre de la justice, envisage sérieusement de porter le jugement en appel. Les plaignantes ayant saisi la justice de cette cause, quant à elles, crient à la libération. Un organisme religieux s’inquiète des valeurs morales prétendument bafouées. Il faudrait rappeler à tout ce beau monde de respirer un peu par le nez et de considérer les implications réelles de ce jugement.

Le droit à la sécurité physique est le fil conducteur dans cette histoire. Les prostitué(e)s pourraient donc bientôt (si le jugement n’est pas porté en appel) engager officiellement des gardes du corps, chauffeurs, voir des réceptionnistes pour aider la gestion de leur entreprise. Le revers de cette médaille et que l’industrie reçoit du fait même l’obligation, comme tous les autres citoyens et entreprises, de se conformer aux diverses législation fiscales, de recueillir des taxes de ventes, payer des impôts, cotisations à l’assurance-emploi, etc. Il y a fort à parier qu’après le garde du corps, le comptable agréé sera rapidement embauché, les modèles d’affaires devant être revus pour se conformer aux exigences de cette nouvelle réalité.

Le droit à la sécurité physique implique, évidemment, des notions élémentaires d’hygiène et de prévention des maladies. Le client, rappelons-le, a également le droit d’être protégé. Un gouvernement responsable devrait plutôt commencer à définir les conditions d’opérations encadrant les activités de prostitution (dépistage médical, utilisation de préservatifs, distance  minimum à conserver face aux écoles, ainsi de suite). Et refiler la facture, comme il se doit, au client. Car bien entendu, si le plus vieux métier du monde est enfin reconnu et peut être pratiqué au grand jour, cela corrige une énorme distorsion de marché: le crime organisé ne peut plus profiter du secret pour prélever sa part de profit et élever les coûts. Si la libre-concurrence réduits ceux-ci, le gouvernement serait bien avisé de taxer pour se regarnir les poches.

Après tout, je suis las d’être le seul à payer mes impôts sans protester. Me voilà donc bien heureux de voir que d’autres veulent se joindre au club.

Comments

2 Responses to “Jouer à l’autruche ne suffit plus”

  1. Twitted by LeGBS
    septembre 28th, 2010 @ 21:03

    […] This post was Twitted by LeGBS […]

  2. Paul Laurendeau
    octobre 5th, 2010 @ 08:01

    Oui à la prostitution adulte

    http://ysengrimus.wordpress.com/2009/08/01/l%E2%80%99etat-proxenete-ou-rien-decriminalisation-ou-legalisation-de-la-prostitution/

    Non à sa privatisation (plus exactement: au proxo privé), oui à son étatisation…
    Paul Laurendeau

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