Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

La transformation durable

Posted on | novembre 12, 2010 | No Comments

L’économie et l’environnement ne font pas toujours bon ménage, on en conviendra sans problème. Les positions extrémistes des uns et des autres s’affrontent régulièrement dans les médias. À la croissance sauvage et déréglementée prônée par les un, un vague concept de développement durable a été érigé en contrepartie.

Le problème est que la notion de développement durable est plus ou moins définie, faisant intervenir des aspects environnementaux, altermondialistes, ainsi que certains points de justice sociale. Or l’économiste ne s’y retrouve pas – dans son univers, ces considérations sont plus ou moins indépendantes de la croissance, qui est un phénomène entièrement différent. De plus, ces considérations se mesurent difficilement, sinon pas du tout, et en aucune façon d’une manière réconciliable avec la croissance économique.

Les entreprises les plus brillantes ont ainsi décidé de marier ces deux sphères d’influence en publiant, au sein de leur rapport annuel, un rapport de responsabilité sociale de même que leurs états financiers, le premier étant relégué aux oubliettes rapidement par les actionnaires si le second fait augmenter la capitalisation boursière. Les écologistes ont répondu en durcissant leur position et en introduisant le concept de décroissance soutenable, où la croissance économique elle-même est perçue comme négative et indésirable. En réalité, cette appellation sert surtout à présenter une réalité utopique où la consommation s’effectue en transformant les heures de production en heures de loisir à faible besoin économique et faible impact environnemental.

C’est bien beau tout ça, mais comme ça ne paie ni nos hôpitaux, ni nos écoles, ni notre réseau de transport en commun ni tous ces autres éléments essentiels de la justice sociale, c’est somme toute insoutenable. Par contre, la position de certains néolibéraux vivant dans un monde aux ressources naturelles infinies ne fait guère plus de sens. On n’a qu’à se souvenir de Lavoisier, pour qui rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

Voilà qui tombe bien, car la transformation est exactement le coeur de l’activité économique. C’est ce qu’une usine fait (transformer des matières premières en produits finis), ce qu’un entrepreneur fait (transformer des idées en profits), c’est ce que la société fait dans son ensemble. En reconnaissant que la transformation est au coeur de l’activité économique, il va de soi que le maintien de nos capacités à transformer devient impératif.

Lorsqu’une usine crée un produit, ce dernier n’est pas le seul résultat de l’opération de transformation. Une certaine quantité d’énergie a été consommée, des déchets sont produits, d’autres sous-produits peuvent être créés et vendus sur le marché (c’est le cas de l’exploitation minière, par exemple). Il faut ainsi s’assurer que toute opération mettant fin au processus potentiel de transformation ait un coût. C’est déjà le cas pour ce qui est de l’énergie dissipée et que l’on doit payer. Mais ce n’est pas le cas des déchets produits. Ceux-ci peuvent être de différentes natures: CO2 relâché dans l’atmosphère, polluants liquides, déchets organiques, biologiques, métaux lourds, déchets radioactifs.

On parle donc d’intrants et d’extrants, concepts familiers aux économistes. Tous les extrants en fin de cycle de transformation devraient donc être assimilables à des charges comptables générant des sorties de flux financiers réelles (c’est à dire, la dépense doit être payée par l’entreprise et ne pas exister que sur papier). Mieux encore, le non-respect de cette réalité devrait être vu comme une distorsion de marché permettant l’emploi de mesures protectionnistes (barrières tarifaires et autres). Cela peut sembler à première vue inéquitable envers les pays en voie de développement, mais les empêchera efficacement de recréer un modèle industriel basé sur le gaspillage.

L’avantage est de rendre immédiatement quantifiable le coût de la pollution et ce, même si les mesures n’entre en effet que dans 5, 10 ans. Les modèles d’investissements financiers pourront immédiatement mis à l’oeuvre pour trouver des solutions rentables afin de pallier à ces coûts. Et on n’a même pas à transformer les mentalités!

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