Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Le temps au-delà du temps

Posted on | novembre 29, 2010 | No Comments

Mes deux billets précédents sur le sujet traitaient de l’anachronisme comme une remise en scène du présent en faisant abstraction d’éléments-clés du passé ou encore, comme une réinterprétation, une relecture du passé teintée par les traces visibles environnantes du passage du temps. Mais l’anachronisme ne se conjugue pas qu’au passé ou au présent, il peut également l’être au futur.

La relecture que l’on fait du passé dépend ainsi des vestiges qui nous restent; de l’importance que l’on accorde à chacun d’entre eux, de l’effort que l’on met à les mettre à jour. Porté à sa conclusion inéluctable, chaque moment vécu devient un moment historique, un moment où l’histoire se fait. Par les documents que l’on conserve, ceux que l’on jette, les mots que l’on préserve, les choix que l’on fait, nous concrétisons constamment une vision de notre histoire que nous tentons tant bien que mal de projeter au-devant des générations futures. Non seulement de notre présent, mais également du passé que nous filtrons constamment – les choix que nous faisons sont l’éclairage de nos motivations.

Par un étrange paradoxe, nous tentons alors de prendre le temps et de le projeter au-delà du temps, dans une zone inaltérable, alors que nous devinons pertinemment la futilité de cet acte. Tempus fugit velut umbra – le temps fuit, comme une ombre. L’instant nous échappe au moment ou nous en prenons conscience, et devient libre d’être réadapté.

Le temps, en fait, ne peut être saisi intégralement. Un peu à la manière d’un théorème de Gödel, notre conception du temps est nécessairement incomplète. Pour appréhender le phénomène dans son ensemble, il faudrait être en mesure de se réfugier dans un endroit « au-delà » du temps, ce même endroit imaginaire où nous tentons de consigner pour la postérité le reflet de notre image présente perçue.

Chaque instant vécu est donc anachronisme. Les métaphores habituelles de causalité qui nous servent si bien dans notre quotidien deviennent un obstacle lorsque nous tentons d’appréhender l’histoire ou de prédire son cours car, en réalité, nous créons celle-ci. Ce geste personnel de création (passé, présent, futur) devrait alors devenir notre seul repère, le seul sur lequel nous ayons le moindre contrôle dans la mesure où il est, justement, personnel. À chacun la responsabilité de créer son histoire.

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