Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Souvenirs chaleureux

Posted on | janvier 24, 2011 | No Comments

L’autobus n’est plus qu’un long miroir. Le frimas matinal a recouvert de façon uniforme les fenêtres et le soleil hâtif, s’il ne réussit pas à nous réchauffer, scintille du plus bel éclat possible sur ces parois de verre. À l’intérieur par contre une toute autre réalité se dévoile. Toussotements, éternuements, reniflements – la froidure québécoise fait ses ravages traditionnels parmi mes concitoyens. Pour me prémunir contre la contagion auditive, je m’isole par l’intermédiaire de mon iPod.

C’est un tout autre sens qui me rappelle à la réalité. Mon réveil cette fois est olfactif. Une tenace odeur me chatouille non seulement les narines mais également certains neurones reliés à d’anciens souvenirs. Il me faut quelques secondes pour mettre le doigt dessus, mais voilà! Quelqu’un, dans l’autobus, dégage de forts effluves de cèdre et de naphtaline.

Il n’en faut pas plus pour me ramener à une autre époque. Une époque où les vêtements ne sont pas seulement des accessoires de mode, où le cruel impératif du design en constante mutation n’a pas pris le dessus. Une époque où ces vêtements sont des objets fonctionnels précieux et dignes d’être préservés des ravages du temps et des parasites. Sans doute aussi une époque où les mites s’en donnaient beaucoup plus à coeur joie dans leurs bacchanales qu’aujourd’hui. Bref, me voilà transporté à la prime enfance.

Mes parents avaient, dans leur maison d’alors (qui est toujours d’ailleurs leur maison aujourd’hui) une immense garde-robe de cèdre, si je ne m’abuse construit par le paternel lui-même. Cet endroit regorgeait de manteaux de tout acabit, de chapeaux, casques de poils, étoles, écharpes, bottes, bas, alouette! Un véritable capharnaüm – quelques coffres tentaient sans succès d’y mettre un semblant d’ordre. C’était l’endroit idéal pour jouer à cache-cache; j’ai certainement trouvé refuge dans l’un de ces coffres à de multiples reprises. Je ne me souviens pas par contre m’être assis sur un de ces coffres alors qu’une de mes soeurs était cachée à l’intérieur, l’emprisonnant avec espièglerie. Ceci dit, il est possible que les souvenirs de mes frangines diffèrent quelque peu des miens…

Je ne me souviens pas non plus, encore plus jeune, de m’être régalé des bonbons blancs trouvés dans ces coffres. Mes parents par contre s’en souviennent bien, et davantage de mon haleine tenace de boule à mites. Enfin, dans mes souvenirs, bien entendu, Harvest Moon de Neil Young ne jouait pas pendant ce temps…

Voilà le rappel sonore que tout ça n’est que le produit d’une époque maintenant révolue, dont l’un des derniers témoins anonymes a partagé pendant quelques instants la mémoire, plus tôt ce matin. Merci donc de m’avoir redonné brièvement les odeurs de mon enfance. Mais de grâce, ne le faites pas trop souvent.

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  • Photographie par Patrick Meunier

    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

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