Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Guy Turcotte, ou le besoin de savoir

Posted on | avril 28, 2011 | No Comments

Il y a un peu plus de deux ans, le Dr Guy Turcotte, un cardiologue des Laurentides, assassinait ses deux enfants et tentait de s’enlever la vie par empoisonnement dans une maison louée de Piedmont. Le procès fait tout un tapage médiatique ces temps-ci, nourri par le caractère exceptionnellement sauvage de l’agression. En marge du procès, une question tout aussi cruciale: avons-nous vraiment le besoin de divulguer l’ensemble de la preuve au public? En avons-nous le droit?

Josée Blanchette, du Devoir, publiait son horreur du procès sur Twitter ce matin et sa crainte que ses enfants tombent sur ces images et ces textes. Je dois admettre partager en partie son sentiment.

Je ne ferai pas la description macabre de la scène du meurtre. D’autres médias s’en sont chargés- les lecteurs plus avides de sensationnalisme pourront donc les dénicher facilement. La description des évènements et des rapports d’autopsie ne donne pas seulement froid dans le dos, elle conjure une détresse immense et un chagrin incommensurable à la pensée que les victimes n’étaient finalement que des enfants sans défense et parfaitement conscients de ce qui se passait.

Tout cela m’a bouleversé comme peu de nouvelles ont su le faire dans l’actualité des dernières années. Je ne suis pourtant pas du genre très sensible. Ces images me hantent et me font regretter de m’y être attardé. Me voilà donc forcé à remettre en question la nécessité de diffuser tant de détails sur cette agression, tant dans les descriptions que dans les photographies déposées en preuve. Je serai toujours un farouche partisan de la liberté d’expression – c’est le droit essentiel à la survie de notre démocratie, de notre société, de notre culture même. Mais à ce stade-ci, je dois questionner le besoin de diffuser cette information et balancer la liberté d’expression avec un autre droit fondamental, soit le droit de chaque personne au bien-être individuel.

Comme je l’ai dit, j’ai été atteint au plus profond de mon être par la description mise en preuve au procès. Je ne suis qu’un spectateur distant, et relativement insensible. Il se trouve des gens un peu plus près de cette histoire, les amis des enfants assassinés, leurs voisins et familles. Il y a aussi des personnes pour qui ce genre d’évènement touche une corde plus sensible, et peut réveiller une anxiété certaine. Je serai le dernier à leur reprocher.

La description explicite du massacre ne m’est d’aucune utilité. Je ne conçois pas qu’elle ne le soit à personne hormis ceux qui seront appelés à juger de la culpabilité du Dr. Turcotte. Autrement, une certaine autocensure peut faire plus de bien que la publication irréfléchie des faits. Peut-on me prouver le contraire? Les médias sont divisés de chaque côté de cette affirmation. La population également – mais le voyeurisme à outrance qui a mené à cet état de fait devrait être balancé par un sens de l’éthique, un sens de notre responsabilité, et un minimum d’empathie envers le public, formé de gens d’intérêts et de sensibilité variés.

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