Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Au-delà de la religion (et comment y arriver)

Posted on | mai 8, 2011 | 1 Comment

Mon regard critique sur la religion organisée n’a rien de surprenant pour les lecteurs réguliers; cependant, je n’hésite pas non plus à prendre les plus fervents défenseurs de l’athéisme à partie. Notamment, l’absence d’alternative à un phénomène social qui, sans avoir de manifestation unique, n’en demeure pas moins extrêmement répandu chez l’espèce humaine, nuit selon moi à la critique du religieux.

Les mécanismes qui mènent à la foi et la religion n’ont rien de simplistes, et c’est ce qu’illustre avec concision (bien que brillamment) le psychiatre J. Anderson Thompson Jr dans un pamphlet intitulé Why we Believe in God(s): a Concise Guide to the Science of Faith. Spécialiste de la psychologie évolutionniste, Thompson isole grâce à cette discipline plus d’une vingtaine de mécanismes cognitifs dus à l’évolution de notre espèce et qui, en se combinant, donnent toute leur force aux différents cultes.

Plus particulièrement, l’effet de la religion sur ces mécanismes est de sur-stimuler le cerveau, provoquant une réaction de satisfaction qui n’est pas sans rappeler (selon l’auteur) la consommation de malbouffe par exemple. Or toute tentative de réduire l’influence de la religion (comme celles visant à limiter la malbouffe) devra offrir un substitut acceptable dans un contexte d’éducation à la différence.

Pour cela, il faut répondre à des besoins divers. L’un de ceux-ci est l’attachement, qui conditionne l’enfant dès le plus jeune âge en fournissant des points de repères stables et sécuritaires pour explorer le monde, et dont les adultes font toujours usage dans leurs relations interpersonnelles par la suite. L’altruisme apparait génétique, notamment via l’action des neurones miroirs (des neurones qui nous font ressentir ce que les autres vivent – par exemple, qui nous causent une sensation de douleur si on voit quelqu’un se coincer les doigts en fermant la porte de sa voiture), mais aussi dans sa notion de réciprocité (pensez aux singes qui s’épouillent mutuellement). La participation massive a des évènements à caractère rituel créée également un sentiment d’appartenance très important (et ce n’est pas exclusif à la religion, comme en attestent les raves ou les différentes fêtes nationales).

Les éléments ci-haut expliquent surtout la nature sociale de la religion, par opposition à la foi ressentie qui elle pourrait être plus personnelle. Il faut surtout retenir que ces expériences créent des réactions hormonales prisées du cerveau, ayant des effets notamment sur les seuils de résistance à la douleur. Mais ils n’expliquent pas la propension à croire. Pour cela, il faut explorer d’autres mécanismes.

La téléologie – l’attribution de sens – simpliste des enfants, basée sur la proximité, en est un exemple. Pour eux, l’océan existe pour que les poissons puissent nager. L’hypersensibilité au phénomène d’agence y contribue pour beaucoup. Nous voyons une cause humaine à la plupart des évènements. Si j’entends un craquement dans la forêt, je m’imagine plus rapidement être poursuivi par un prédateur au lieu d’envisager un autre phénomène naturel. Ce niveau d’alerte semble un peu ridicule aujourd’hui mais a probablement permis à nos ancêtres de garder la vie sauve à quelques reprises. Nos sens nous permettent aussi de relier les points, c’est à dire combler l’écart entre deux perceptions tant que la résultante ne diverge pas trop des concepts déjà explorés.

Nous sommes encore loin de la religion – mais nous avons ici les deux pieds dans la superstition, voir les croyances primitives. Pour en arriver à l’idée du divin, il reste une couche de mécanismes cognitifs essentiels à nos interactions sociales mais non limités à ceux-ci.

Il s’agit entre autres de la cognition découplée, qui nous permet d’interagir avec un autre sans qu’il soit présent (en répétant par exemple dans votre tête la demande en mariage que vous ferez à votre conjoint ou conjointe). De l’intentionnalité, qui nous permet de projeter sur l’autre des réactions, des émotions dans une situation donnée. De la dualité perçue entre le corps et l’esprit, causée par la structure même du cerveau, qui utilise différentes zones pour se représenter les sens physiques et l’esprit. Enfin, elle est cimentée par le transfert, qui reporte sur une autre personne (ou un dieu) les émotions importantes vécues dans l’enfance.

Pourquoi la religion se structure-t-elle ainsi? Nous serions d’une part beaucoup plus influencés par l’autorité que nous l’admettons normalement (en témoignent ces expériences ou des gens font souffrir un acteur en lui envoyant des faux chocs électriques à la demande d’un scientifique tout en croyant ces chocs bien réels). De plus, il est dans notre nature de favoriser nos proches, nos semblables, no coreligionnaires face à l’Étranger. Autrement dit, l’homme nait bon, mais seulement avec son entourage! Enfin, le rituel de protection a un effet apaisant sur le cerveau (se signer avant une compétition).

Comment intégrer ces réactions naturelles dans un tout complet visant à promouvoir une conception séculière de l’existence? Il faut d’abord placer cette conception au coeur de la communauté, au coeur de la pensée. Pour cela, il faut que le transfert ne s’effectue, non pas vers un être divin, mais vers un être représentant, par exemple, la pensée rationnelle, philosophique, scientifique, éthique (les choix ne manquent pas). Les croyants américains demandent souvent: What would Jesus do?. Pourquoi ne pas demander What would Darwin do? ou What would Einstein do? » Il faut utiliser la faculté du cerveau de créer des dialogues pour engager un dialogue de raison, en multipliant le nombre de représentants possibles afin de désengager le divin comme seule possibilité.

Ces comportements doivent être encouragés, valorisés et surtout, vécus de façon communautaire. La force des grandes idéologies, qu’elles soient religieuses ou politiques, est de regrouper les gens physiquement, de les faire participer activement à l’unité. L’art et la culture ont également atteint de degré de sophistication, mais la science traîne toujours de la patte. Il est temps pour la science de faire son coming-out, d’être festive, rassembleuse.

Dès lors, tout peut se mettre en place rapidement. Les domaines scientifiques, psychologiques, éthiques ont déjà tous leurs propres façons de négocier le rapport à l’autorité. Ils ont leurs propres sources de sécurité et de réconfort à offrir. Mais leur communauté sont encore trop limitées et surtout, exclusives. Par conséquent, elles sont les premières rejetées lors d’un conflit de valeur (rappelez-vous, les gens préfèrent leur communauté).

Comments

One Response to “Au-delà de la religion (et comment y arriver)”

  1. Jacqui
    octobre 29th, 2015 @ 00:57

    I’m quite pleased with the infoomatirn in this one. TY!

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