Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Ce qui compte

Posted on | juillet 11, 2011 | No Comments

Est-ce que la vie compte encore pour quelque chose aujourd’hui? Plusieurs personnes ont ouvertement posé la question suite au dénouement surprise de l’affaire Guy Turcotte, et aux États-Unis du procès de Casey Anthony. La vie a-t-elle une valeur? Je n’ai pas trouvé de réponse universelle à cette question; je n’en ai qu’une, intime et personnelle, qu’il me fait plaisir de partager avec vous.

Athée convaincu, je ne chercherai pas de réponse en dehors la réalité la plus crue de notre existence. D’un point de vue purement mécanique, nous ne sommes qu’une combinaison plus ou moins aléatoire de particules, d’atomes, de molécules, de protéines, d’enzymes, de cellules, de chair, de sang, d’os, de neurones. Nous ne sommes pas particulièrement durables (du moins à l’échelle cosmique). Nous sommes bien recyclables; la forme sous laquelle nous apparaissons ne fait pas vraiment de différence.

Il se produit par contre d’étranges phénomènes au niveau individuel. Des millions d’années d’évolution ont contribué à nous faire rechercher la compagnie de ceux qui nous ressemblent, à non seulement nous reproduire mais également nous entraider dans une autre tâche étrange, la transmission des connaissances. À favoriser la présence de notre famille, de notre clan, de nos semblables et ultimement, de notre espèce. Mais à sept milliards d’être humain, avons-nous atteint le point ou la quantité réduit presqu’à zéro la valeur de l’individu?

Au fond, posons-nous la question: qu’est-ce que la valeur? L’économie nous apprend que la valeur dépend des choix, dans un contexte où les besoins sont illimités mais les ressources, limitées. La même logique peut s’appliquer à la diversité de l’espèce humaine. Les combinaisons théoriques autant physiologiques, psychologiques, culturelles, etc. qui font d’une personne ce qu’elle est sont effectivement infinies. Nous pouvons toujours rêver, fantasmer de l’être idéal, parfait, unique, l’évidente réalité est que nous devons composer avec les gens comme ils sont. Sept milliard de personnes, c’est bien peu en comparaison à cet infini.

Qu’est-ce qui donne donc cette valeur: c’est cet effet de rareté. La connaissance intime que chaque vie humaine est précieuse, unique, une seulement des myriades de combinaisons possibles, souhaite, mais une combinaison bien réelle. Et que nous faisons, parmi ces combinaisons bien réelles, des choix (conscients ou non). Le choix de permettre à chaque nouvelle vie d’atteindre un plein potentiel. Le choix de supporter ceux qu’on aime dans l’adversité. Le choix, parfois, d’aller à l’encontre de nos instincts personnels pour l’atteinte d’un mieux-être collectif. Le choix de regarder la réalité droit dans les yeux, de passer outre nos premiers réflexes, et de poser la décision qui convient le mieux aux personnes impliquées dans une situation donnée.

C’est ce choix qu’ont fait les onze membres du jury de l’affaire Guy Turcotte. Ce choix ne prive pas les victimes de leur valeur, bien au contraire. Ce choix ne valorise pas le meurtrier aux dépends de ses enfants. Ce choix reconnaît que cet homme, ce meurtrier, est une combinaison unique de facteurs culturels, physiologiques, et psychologiques. Défaillante, mais unique. Et ce choix permet maintenant à d’autres experts – ceux de la santé publique – de déterminer, de poser à leur tour un choix, sur le sort de l’assassin. Pourra-t-il être remis en liberté; doit-il être isolé pour le bien du public; c’est alors l’ultime jugement de la valeur d’un homme: celle-ci se révèle insuffisante pour être admis auprès de ses semblables. Sans compter que la porte est toujours ouverte à un appel du verdict.

La vie, on le voit, conserve toujours sa valeur. Nous avons, en tant que société, les barèmes nous permettant de l’évaluer avec respect. Cette société est maintes fois préférable à une société où ce jugement de valeur serait fait de façon aléatoire, ou dans l’intérêt du juge et évaluateur.

Comments

Leave a Reply







  • Photographie par Patrick Meunier

    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

  • Articles récents


  • legrosbonsens.net on Facebook

  • Follow LeGBS on Twitter
  • Ze Blogroll