Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Coincée entre les deux solitudes

Posted on | août 5, 2011 | No Comments

Le fossé s’élargissant sans cesse entre les deux solitudes s’ignorant d’un océan l’autre a pris un peu plus d’ampleur cette semaine grâce au passé politique de Nycole Turmel. Le traitement même de la nouvelle dans les médias illustre l’incompréhension croissante entre les populations anglophones et francophones au pays. Et si le fossé était déjà trop vaste pour être surmonté?

Ainsi au Québec, l’affaire en tant que tel n’a causé que peu de remous. Nycole Turmel était membre en règle du Bloc Québécois, soi-disant pour aider une amie, et de Québec Solidaire, deux partis ayant des convictions souverainistes bien affirmées. Au-delà de l’épineuse question de l’unité nationale, il faut aussi reconnaître que ces deux partis représentaient également à l’époque les seules options de gauche crédible aux yeux de Mme Turmel.

D’abord soyons francs, il est difficile d’être militant dans un parti de gauche (Québec Solidaire) ou de centre-gauche (Parti Québécois) sans devoir vivre avec leurs tendances indépendantistes. Il aurait été hypocrite de demander à Mme Turmel de rejeter ses convictions et de militer plutôt pour le Parti Libéral. Cela n’est pas impossible, bien entendu… Parlez-en par exemple à Thomas Mulcair, et demandez-vous ensuite pourquoi il n’a pas été choisi pour remplacer M. Layton.

Continuons cette franchise crue et reconnaissons également qu’à part aux dernières élections, le NPD n’a jamais été une alternative politique crédible au Québec. Dépendant presque exclusivement des gros syndicats du Canada anglais, sans candidat ni machine politique notable dans la Belle Province, le NPD s’était depuis longtemps fait doubler sur sa gauche par le Bloc Québécois, qui représentait tout aussi efficacement, sinon plus, les valeurs sociale-démocrates d’une large tranche de l’électorat.

La couverture de cette situation par les médias anglais, et la récupération qu’en a fait Harper de son côté, diffère au tout. Pour eux, tout ce qui a été de près où de loin associé au souverainisme est corrompu de façon permanente. C’est une vision quasiment sectaire de l’unité canadienne, où toute opinion contraire devient signe de traîtrise, qui se dégage des commentaires lus sur les sites web des différents quotidiens anglophones.

Il ne semble pas être passé par la tête de personne que l’association avec le NPD était tout simplement impensable pour la gauche québécoise il y a quelques années. Qu’aujourd’hui encore le changement démographique au sein des élus du parti ne se fait pas sans heurt, que deux mentalités tout à fait distinctes, ne se rejoignant pas tout le temps, doivent apprendre à coexister, à se reconnaître l’une l’autre.

Nycole Turmel est aujourd’hui coincée entre ces deux solitudes au sein du parti dont elle a la charge. Mais elle est de plus attaquée par ces deux solitudes à l’extérieur du parti. C’est une position peu enviable pour elle, mais si le reste du Canada ne demeure pas plus de capacités à comprendre les motivations politiques québécoises, se sera une position peu enviable pour lui aussi.

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