Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Murs passés, présents, futurs

Posted on | août 13, 2011 | No Comments

Il y a de cela cinquante ans, le gouvernement communiste d’Allemagne de l’Est décidait de fermer complètement la frontière entre les sections occidentales et orientales de Berlin. Officiellement, le but était de protéger les citoyens de Berlin-Est contre les fauteurs de troubles fascistes venant de l’Ouest. Officieusement bien entendu le mur servait surtout à empêcher les citoyens de quitter Berlin-Est.

Il y a quelques jours, un message pour le moins troublant a commencé à circuler sur Facebook, répété (malheureusement) par certaines de mes connaissances. Sans en avoir la teneur exacte, on s’y insurgeait qu’au Canada, bien que nous ayons des problèmes de financement en santé, en infrastructures, et ainsi de suite, on prenait quand même la peine de consacrer une bonne partie des revenus de l’état à l’aide internationale.

Ce que ne réalisent pas ceux qui diffusent ce genre de message, c’est qu’encore une fois on érige ici un mur. Un mur entre ceux qui détiennent la richesse et ceux qui en sont privés. En essayant de retenir notre richesse à l’intérieur, on veut aussi exclure l’autre. Mais notre société n’est pas un vase clos. La mondialisation accélère un processus autrement naturel: nous sommes tous interconnectés.

À l’intérieur du pays, nous avons mis en place des mécanismes de redistribution de la richesse (via la collecte de taxes, d’impôts et divers transferts sociaux) qui permettent à tous, en théorie, un minimum de dignité.  Cette dignité est le ciment de notre stabilité: les émeutes de Londres illustrent à merveille ce qui se passe lorsqu’on s’y attaque. Les transferts internationaux relèvent du même principe, et avec les mêmes conséquences fâcheuse. La virulence de  l’extrémisme  islamiste par exemple ne s’explique pas par les différences religieuses mais plutôt celles de niveau de vie.

Il est plus réconfortant de se réconforter derrière un mur; à divers endroits dans le monde occidental, le phénomène des Gated Communities, ces îlots refermés sur eux-mêmes à l’intérieurs de villes existantes, prend de plus en plus d’ampleur. On essaie d’y vivre dans une isolation splendide, dictant des règles de vie parfois aberrantes (dans certains cas, on ne peut pas y emmener d’enfants!). On y pratique une ignorance volontaire et égoïste.

Chaque mur est une prison autant pour ceux à l’intérieur qu’à l’extérieur. Le mur de Berlin était le mur de la honte. En réalité, chaque mur est une honte, un préjudice qui déchire le temps et laisse sa trace malsaine dans le futur, divisant les générations à venir, forçant la mésentente.

Cinquante ans plus tard, il serait peut-être bon de s’en rappeler.

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  • Photographie par Patrick Meunier

    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

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