Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Il pleut des partis

Posted on | novembre 14, 2011 | No Comments

Surprise! Un nouveau parti politique était lancé aujourd’hui. Après de longs mois de tergiversations, Legault dévoilait l’embryon de la future plateforme de la Coalition pour l’avenir du Québec. Peuplé de quelques transfuges adéquistes, ce sera donc le cinquième parti représenté à l’Assemblée Nationale.

Soulignons au passage son slogan: « Agir pour l’avenir ». D’une poésie digne du primaire et au contenu et d’une redondance navrante (vous avez déjà agi pour le passé, vous?), il y a quelque part un conseiller en communication qui a tourné les coins ronds.

Le slogan ne fait pas preuve de vision et la démarche proposée est malheureusement à l’avenant. Par exemple, on propose de saborder les commissions scolaires pour augmenter en contrepartie le salaire des professeurs de 20%. Or c’est oublier d’une chose: un professeur débordé restera tout aussi débordé avec un salaire majoré de 20%, d’autant plus qu’il aura maintenant à vivre avec l’épée de Damoclès d’une évaluation de la performance.

Legault, qui vient du milieu des affaires, a-t-il oublié que la rémunération n’est pas, et de loin, la meilleure façon de mobiliser le personnel? Que les fonctions de soutien sont essentielles dans une organisation de grande taille? Que les problèmes du réseau de l’éducation dépassent parfois le cadre de la classe, d’où nécessité d’avoir une organisation pour appuyer les communautés, les villes et les régions? Il nous propose plutôt des professeurs mieux payés, mais mois efficaces.

Son raisonnement est le même pour ce qui est de la santé. J’ai déjà critiqué ailleurs sa proposition de changer le mode de rémunération des omnipraticiens. Mais l’abolition des agences de santé publique est un geste encore plus pernicieux. La santé publique, entre autre chose, c’est également les services et campagnes de prévention – et un dollar investi en prévention permet d’en éviter plusieurs en traitement. Ce que Legault nous offre, c’est plutôt une coterie de médecins mieux payés, plus débordés pour une population généralement moins en santé.

On propose d’encourager le développement de l’entrepreuneurship québécois (ce qui en soit est une bonne idée!) en forçant la Caisse de dépôt et de placement à investir dans les entreprises québécoise. Mais la caisse n’est pas qu’une entreprise de capital de risque – c’est d’abord et avant tout le bas de laine de la province. Concentrer ses billes dans un seul marché, au détriment d’une politique de diversification plus sensée, l’expose à un risque accru en cas de récession.

Par contre, quand vient le temps d’augmenter les revenus, Legault passe son tour. Il propose de sabrer 6000 emplois chez Hydro-Québec. Pourquoi ne pas convertir ces emplois en vendeurs à l’international, histoire d’exporter nos solutions et le génie électrique Québécois?

Quand vient le temps d’agir, Legault préfère régler des problèmes complexes par des solutions simplistes qui seront non seulement inappropriées mais qui exacerberont les problématiques à moyen et long terme. Ses quelques voeux pieux en culture risquent fort de ne pas survivre au test de la Cour Suprême.

Je ne vois pas là l’ombre d’une vision. Il ne s’agit pas ici d’agir pour l’avenir, mais bien uniquement pour le présent, sans aucune considération pour les conséquences de nos actes.

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