Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

N’occupons plus Montréal: Le choc de la réalité

Posted on | novembre 21, 2011 | No Comments

Le noyau dur des organisateurs d’Occupons Montréal annonçait ce matin qu’ils allaient finalement jeter la serviette. Confrontés à la présence de piqueries, à la violence et autres problèmes emmenés par la présence de plus en plus nombreux d’itinérants sur le site, le mouvement est devenu tout simplement impossible à gérer de façon sécuritaire.  Ils affirment avoir demandé en vain des effectifs supplémentaires au SPVM pour gérer la problématique, mais sans succès.

Il s’agit donc d’une confrontation avec une règle élémentaire de l’économie: les besoins sont illimités, alors que les ressources quant à elles sont très limitées. Une poignée de bénévoles et de dons ne peuvent suffire à soulager tous ceux qui sont attirés par la promesse d’un repas chaud gratuit et sans effort. Je ne veux pas ici minimiser ou rabaisser les itinérants – simplement surenchérir sur le déplacement de l’offre de service aux sans-abris, offre limitée étant de toute façon incapable de répondre à la demande.

Cette clientèle souffrant de problèmes aigus, se renforçant les uns les autres, elle entraîne alors la nécessaire existence de plusieurs fonctions afin d’assurer la sécurité, la propreté, et la réponse aux besoins élémentaires de chacun. Occupons Montréal en tant qu’état autogéré a été victime d’un influx de réfugiés trop important.

Il n’y avait pas de solution facile à adopter ici. Refuser les réfugiés? Cela aurait été à l’encontre des valeurs prônées. Ne pas les nourrir? Cela créé des citoyens de premier et de second ordre: tu travailles, je te nourris- tu ne travailles pas, crève.  Engager des forces de sécurité privées? Cela aurait mis une pression insoutenable sur le budget, d’une part, et n’aurait pas réglé la source du problème: l’itinérance. De plus, une meilleure gestion du problème aurait causé un afflux supplémentaire d’itinérants, jusqu’à ce que les capacités du système soient encore une fois dépassées.

Aller chercher des revenus supplémentaires alors? Oui, mais où? L’absence de production empêchait les échanges et le temps manquait pour transformer Occupons Montréal en coopérative de travail, ce qui aurait pu permettre une certaine forme d’autosuffisance.

Ceci dit, il est tout à leur honneur que les protestataires aient réussi à tenir et organiser aussi efficacement leur campement pendant tout ce temps. En soi, c’est une démonstration éloquente du potentiel de la gestion citoyenne. Les causes de la fin de l’occupation ne sont pas internes, mais externes. On affirmait au départ que le froid vaincrait les occupants – c’est plutôt le dur choc de la réalité qui a eu raison d’eux. C’est un rappel clair qu’aucune société ne peut vivre en autarcie et que tout changement doit être apporté en tenant compte du contexte global.

Néanmoins les organisateurs prévoient d’autres initiatives. La population ayant été sensibilisée et étant généralement favorable à leur cause, on ne peut qu’encourager ces dernières. Espérons qu’ils profiteront des leçons acquises lors de leur expérience pour sortir du cadre limitatif de la protestation et faire un véritable pas vers la concertation et l’action citoyenne, mettant les élus et autres officiels à contribution, dans l’espoir d’un réel progrès. Voyons si les élus sont prêts à relever le défi.

Changeons de slogan: n’occupons plus Montréal; plutôt, occupons-nous de Montréal.

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  • Photographie par Patrick Meunier

    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

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