Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Badinage et conversation

Posted on | novembre 22, 2011 | 1 Comment

Le silence est un vide que l’on fuit parfois. Dans un monde 2.0 ce ne sont pas les occasions de s’en sauver qui manquent, au contraire. Mais qu’advient-il alors de la conversation, de l’échange, spontané ou réfléchi mais en tout temps prolongé? L’interaction se transforme, s’approfondit certes, dans un mouvement que nous tentons peut-être toujours d’appréhender.

L’avalanche d’information que dévoilait antérieurement Facebook a été supplantée par les gazouillis incessant de Twitter. Les tweets accumulés, chacun à peine plus perceptible qu’une goutte d’eau, forment désormais un torrent, un fleuve tumultueux, pas toujours limpide, que les usagers survolent à la recherche d’une proie facile. Survient un morceau intéressant et hop! Voilà qu’on plonge, que l’on s’en saisit, le digère rapidement, sans être emporté par la vague, par l’immensité même de la communication débridée.

La ConversationQuelques échanges et voilà, c’est terminé. Twitter ne connait pas le silence; le grondement assourdissant du courant est toujours à l’arrière-plan. Pourtant les conversations, parfois, gagnent à être figées dans le temps, à être ponctuées de non-dits et d’inaudibles pensées. Les paroles s’arrêtent parfois, les conversations ne cessent jamais. Henri Matisse l’avait bien compris…

Le badinage est maintenant ponctuel. Le courant passe, j’y jette un oeil, je réagis d’une quelconque façon aux propos aléatoire qui s’y trouve. Je poursuis mon chemin. Aller-retours entre le réel et le virtuel. Ceci n’est pas désagréable en soi; nous avions auparavant le livre de poche – maintenant nos téléphones intelligents nous permettent d’avoir la conversation de poche. À consommer à volonté, selon l’appétit du moment.

Mais que se passe-t-il quand la conversation n’est plus possible? Dans un taxi dernièrement, je suis interpellé par les mesures qui sonnent à la radio… Un concerto pour piano, bien sûr, vaguement familier. Serait-ce un de ceux de Liszt? J’adresse la question au chauffeur qui répond de manière monosyllabique, un grognement indéterminé, n’ayant pas pour but d’encourager mais bien de tuer dans l’oeuf cet embryon de badinage. Comme le poète alors je m’écrie en mon for intérieur: Où sont passés les taxis d’antan?

Même le badinage doit prendre quelques pauses, pourtant. C’est un art séculaire; Marin Marais le maîtrisait bien et nous laisse respirer entre deux phrases de potins musicaux qui, alliant répétition et virtuosité, ont un charme touchant et une vivacité remarquables.

Matisse et Marais nous rappellent également que la conversation ne s’engage pas avec autrui que par les mots et dans l’instantané, mais également par la musique, par l’image, par le mouvement, et à-travers les siècles également.

Comments

One Response to “Badinage et conversation”

  1. Dorothee
    novembre 30th, 2011 @ 13:03

    Mes amies me répètent souvent d’appliquer ce proverbe arabe: ne parle que lorsque tu as à dire est plus beau que le silence. Mais moi qui aime badiner, que puis-je faire? Puis-je autoproclamer que mon badinage est plus beau que le silence?

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    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

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