Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Salaire minimum: mythes et réalités

Posted on | décembre 17, 2011 | No Comments

La hausse de 0,25$ du salaire minimum au Québec fait l’objet, comme à chaque fois, d’un concert de critiques, d’inquiétudes et d’autres sottises proférées par des gens qui devraient pourtant être en mesure d’établir les faits sérieusement. Déboulonnons alors quelques mythes et remettons les pendules à l’heure.

1) La hausse du salaire minimum fait augmenter le taux de décrochage

Un bel exemple d’argument visant à faire peur tout en se drapant dans d’apparemment nobles sentiments. Mais qu’en est-il? Comparons par exemple les tendances du taux de décrochage au Canada et l’évolution du salaire minimum dans les différentes provinces (deuxième page). Précision: les tendances du taux de décrochage comparent les taux entre 1990 et 2010, tandis que la hausse des salaires minimum est recensée de 2000 à 2010. Ceci dit, l’appel immédiat du salaire devrait en principe se répercuter sur le taux de décrochage.

On constate qu’au contraire, la province de Terre-Neuve et Labrador a réussi à faire chuter son taux de décrochage de 12,5 points de pourcentage (baisse de près de 60%) tout en augmentant le salaire minimum de 1,63$, en dollars constants. Pendant ce temps, le taux  de décrochage au Québec baissait de 5,7%, de 17,4% à 11,7, une baisse du tiers seulement, alors que le salaire minimum n’augmentait que de 0,68$ en dollars constants. La tendance du taux de décrochage est semblable au Manitoba (de 16,0% à 11,4%) alors que la hausse du salaire minimum est le double de celle du Québec, à 1,35$.

Bref, toutes choses étant égales par ailleurs, les deux variables ne sont pas du tout corrélées. Une telle affirmation en fait est navrante et manque de respect envers tous les intervenants qui travaillent avec acharnement pour s’attaquer aux réelles causes du décrochage.

2) Le salaire minimum nuit à la productivité du travail

Une autre vache sacrée! Si les gens sont automatiquement payés plus chers, ils ne travailleront pas aussi fort, non? Comparons alors l’évolution de la productivité du travail (de 1997 à 2008) et l’évolution du salaire minimum (de 1999 à 2009). J’aimerais corréler à l’année près les données, mais c’est tout de même acceptable.

La hausse la plus marquée de la productivité est à Terre-Neuve, où la hausse du salaire est également la plus élevée. La Colombie-Britannique, le Québec et l’Ontario sont les trois provinces ou les hausses de salaire minimum furent les moins élevées, et sont également trois des 4 provinces où la hausse de la productivité fut la plus faible.

Il semble donc que contrairement à ce qu’affirment les défenseurs du libre-marché, la hausse du salaire minimum ait au contraire un effet positif sur la productivité au travail. Se pourrait-il que des employés mieux payés aient moins de soucis de nature financière, et soient par conséquent mieux disposés face à leur employeur? Il ne s’agit que d’une hypothèse, mais elle semble au moins être appuyée par les données existantes.

3) Le salaire minimum nuit aux PME

L’argument est qu’une hausse du salaire minimum est un choc insoutenable pour une PME. Mais une hausse du salaire minimum de 0,25$ ne représente même pas une hausse de 3%. Pour un employé travaillant 40 heures semaines, on parle de 520$ par année, ce qui en soit ne met personne en faillite.

En fait, une hausse du salaire minimum peut se révéler avantageux pour une PME. Dans un marché du travail de taille limité, un gros employeur pourrait hausser de quelques sous le salaire versés afin d’attirer les meilleurs employés. Un salaire minimum plus élevé rend le marché du travail équitable pour tous, grandes entreprises comme PME et ce, peu importe leurs moyens.

4) Quelques faits

Au Québec, 62% des travailleurs qui sont payés au salaire minimum sont des femmes. Les secteurs du commerce de détail et de la restauration, à eux deux, offrent près des deux tiers des emplois au salaire minimum. Lors des deux dernières années, le nombre d’emplois rémunéré au taux plancher est ainsi passé de 197 800 à 231 300. Certains diront que ce sont les hausses des dernières années qui ont fait augmenter ce nombre. Si c’est bien le cas, cela signifie qu’un grand nombre d’emplois ne sont guère plus intéressant que ceux offerts au salaire minimum. Que ces emplois sont occupés surtout par des femmes, pointant alors vers une inquiétante iniquité salariale entre les sexes.

Loin d’être préjudiciable, la hausse du salaire minimum est alors un outil permettant de diminuer l’inégalité sociale et de tendre vers un marché de l’emploi plus juste et équitable.

Photo par Julien Jorge.

Comments

Leave a Reply







  • Photographie par Patrick Meunier

    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

  • Articles récents


  • legrosbonsens.net on Facebook

  • Follow LeGBS on Twitter
  • Ze Blogroll