Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Occident: la démocratie morte et enterrée en 2012

Posted on | janvier 3, 2012 | 1 Comment

Je suis rarement du genre à faire dans le cri d’alarme. Je préfère de loin la réflexion posée, documentée, s’éloignant du fait divers pour tenter de discerner les tendances de fond. Malheureusement, cette réflexion ne soulève en ce moment que des spectres inquiétants, et chaque pierre retournée révèle son lot de vermine macabre.

Regardons par exemple la nouvelle soulevée par mon collègue ici: les États-Unis viennent de promulguer une loi permettant la détention arbitraire, indéfinie et sans recours de citoyens sur lesquels pourraient peser des soupçons de terrorisme. Qu’une loi aussi surprenante ait été officialisée dans un état ou le pouvoir politique est divisé entre les deux parties principaux a de quoi surprendre. Imaginez alors ce qu’il pourrait arriver dans un pays où le pouvoir est plus concentré…

Prenons par exemple le Canada. Stephen Harper a réintroduit dernièrement le projet de loi C-52. Ce projet permettrait aux forces de l’ordre d’exiger de la part des entreprises de télécommunication l’ensemble des renseignements détenus sur leurs clients et cela, sans mandat. Ces deux derniers mots sont de loin les plus inquiétants, car ils ouvrent la porte à un abus de pouvoir potentiel. Lorsque l’on sait que la magistrature canadienne sert parfois de rempart ultime pour protéger les droits des citoyens (à preuve le récent revers de Harper dans son projet de créer un organisme fédéral de régulation des valeurs mobilières), toute tentative visant à éroder ce pouvoir doit être vu avec la plus grande circonspection. Malheureusement, avec la majorité du gouvernement conservateur et son dédain avéré de l’opposition et de la consultation démocratique, il y a fort à parier que ce projet de loi passera également aux Communes, et devra être contesté également en Cour Suprême à son tour.

Jusqu’où peuvent mener ce genre de dérive? Tournons notre regard vers l’Europe, où la tourmente économique nous force parfois à ignorer des détails important. Par exemple, l’Italie est en ce moment dirigée par un technocrate non-élu dont le mandat est de ramener la gouvernance du pays vers des standards plus acceptables aux yeux de la communauté européenne. Vous saluerez au passage la souveraineté de l’état qui en prend pour son rhume.

Plus inquiétant par contre est la situation en Hongrie. Un gouvernement fortement majoritaire a entrepris de littéralement reconstruire le cadre législatif du pays. 359 lois y ont été adoptées en 18 mois. Le nombre de religions autorisées par l’état a été ramené à 14. L’indépendance de la banque centrale a été complètement balayée. Tous les régimes de retraites privés seront abolis de force, les citoyens forcés à dépendre de l’État pendant que ce dernier fait main basse sur les pensions accumulées. Les taxes sur l’investissement étranger ont été haussées, poussant un peu plus le pays vers l’isolation internationale. Lorsque la Cour Suprême a tenté de ramener ce gouvernement à l’ordre, le gouvernement a simplement modifié la constitution afin de supprimer le pouvoir de cet incommodant adversaire, et a rajouté des dispositions permettant à un proche du premier ministre de nommer directement les juges.

Toute notion d’indépendance des pouvoirs politiques a été supprimée dans ce pays, qui s’embarque dès lors sur la pente descendante menant à la dictature. Or comme on voit l’affaiblissement du pouvoir judiciaire, le manque de respect pour l’opposition et l’isolation d’un pays sur la scène internationale ne sont pas propre à la Hongrie. Ce sont aussi des tendances qui se manifestent chez les Conservateurs, qui en plus des abus mentionnés ci-haut se retirent graduellement de leurs obligations internationales.

Une poignée d’indignés ne suffiront plus à défaire cette tendance lourde. Nous avons besoin d’un peuple indigné et surtout, d’un peuple engagé. En 2012, serons-nous à la  hauteur?

 

Share

Comments

One Response to “Occident: la démocratie morte et enterrée en 2012”

  1. Aurélia
    janvier 11th, 2012 @ 06:53

    Je suis d’accord avec toi. Ca devient grave…
    J’aime bien ton blog. Je le mets en favoris sur mon blog que je t’invite à visiter à l’occasion. Bonne journée.

Leave a Reply







  • Photographie par Patrick Meunier

    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

  • Articles récents


  • legrosbonsens.net on Facebook

  • Follow LeGBS on Twitter
  • Ze Blogroll