Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Y’en a qui sont plus égaux que les autres…

Posted on | janvier 4, 2012 | No Comments

Au hasard de mon fil Twitter, je suis tombé hier sur ce torchon publié dans le National Post. Pas besoin de s’inquiéter de l’inégalité des revenus, y dit-on en substance, tant qu’on a l’égalité des opportunités. Bon, vous me direz que c’est le National Post et qu’il ne faut pas avoir d’attentes élevées à ce niveau. Mais quand même, la malhonnêteté intellectuelle manifeste du commentaire m’a sidéré. Je vous invite alors à m’accompagner pendant que je pulvérise cet argument miteux.

Un truc facile pour contre-valider un argument: tournez-le à l’envers et servez le comme question. Ainsi, la première chose qui me vient en tête est celle-ci: Si les opportunités sont si égales que ça, pourquoi est-ce que les revenus ne le sont pas? Surtout, pourquoi les écarts dans l’inégalité des revenus sont-ils en croissancedans les 30 dernières années? Y’a-t-il eu quelque changement suspect dans la nature humaine qui ait été déclenché subitement vers la fin des années 70?

J’ai déjà parlé ailleurs des impacts de l’inégalité de revenu sur l’ensemble de la société, je ne reviendrai donc pas sur le sujet aujourd’hui. Concentrons-nous plutôt sur la substance (ou l’absence de substance) des arguments dans l’éditorial mentionné en entrée de jeu. D’abord, l’inégalité croissante est bien réelle. Au Canada, on parle d’un multiplicateur de 189 entre la paie des PDG et ceux des employés. Aux États-Unis, on parle d’un multiplicateur de 343. Dans les années 80, d’après le même article, le multiplicateur était plutôt de 42.

Je relance donc ma question, sous une autre forme: le travailleur moyen américain est-il 8 fois moins compétent ou opportuniste aujourd’hui qu’il l’était alors? Bien sûr que non. L’argument de l’opportunité ne tient tout simplement pas la route.

On constate d’ailleurs que cette position est fort mal soutenue par les autres arguments du texte. Par exemple, l’auteur s’interroge à savoir s’il est discutable ou condamnable d’étudier, de travailler et de mériter un salaire élevé. C’est évidemment faire semblant de ne pas voir le coeur du scandale: pourquoi l’écart de revenu s’accroît-il? Sans remettre en cause le mérite de nos PDG, sont-ils à ce point méprisant du reste des travailleurs qu’ils aient cru nécessaire de s’accaparer tous les gains de richesse réalisés dans les 30 dernières années?

Le seul autre exemple présenté est celui d’un jeune immigrant (prenons la go-gauche par les bons sentiments en intégrant d’autres communauté culturelles) mettant les bouchées doubles pour finir son MBA en travaillant de nuit. L’histoire ne dit même pas ce qu’il est advenu de lui (l’auteur n’en a rien à foutre, probablement).

Aucun autre argument? C’est qu’aucun autre argument ne tient la route. L’inégalité est un fait documenté, une statistique relevée depuis longtemps et dont la tendance croissante s’observe dans la plupart des pays de l’OCDE. En fait, l’un des articles mentionnés plus haut soulevait même un fait inquiétant: la dernière fois que l’inégalité de revenus a été aussi prononcé entre le centile supérieur et le reste de la population remonte à 1929.

Est-ce nécessaire de vous rappeler ce qui est arrivé par la suite?

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