Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Le fanatisme à la québécoise

Posted on | janvier 14, 2012 | No Comments

Photographie par Mark Pether Longman

En tant que bloggeur, j’ai multiplié les billets sur la politique. Personne n’a vraiment été épargné. Je ne suis membre d’aucun parti, je ne suis aucune idéologie, et à chaque élection je prends le temps de m’informer sur la plateforme électorale des différents partis avant de voter. En général mes interventions, parfois très acerbes, causent peu de remous. Mais voici que dans un billet visant la cheffe du Parti Québécois, je semble avoir frappé un tabou.

Je fais référence évidemment à mon billet Flushons Pauline, où j’invitais les lecteurs à prédire la date de la démission de Pauline Marois. Malgré la tempête de protestations, mes collègues m’ont appuyé, notamment avec Flushons Charest (et, à la blague, l’un d’eux à même proposé un Flushons Gauthier pour rire des déboires du Canadien). Renart Léveillé y a également été d’un très beau texte, bien senti, sur la liberté d’expression au Globe.

Il serait faux de prétendre que la situation ne m’amuse pas un peu. Le but de tout billet est de susciter une réaction. Parlez-en en mal, parlez-en en bien, mais parlez-en! En fait, la virulence de la réaction m’a inspiré un autre commentaire, que j’ai publié discrètement sur mes réseaux sociaux, histoire de le tester un peu: Avec la Révolution Tranquille, le Québec à sorti les dévots des églises pour les placer au PQ.

Vous trouvez cela un peu dur? Pourtant je suis particulièrement bien placé pour vous confirmer la véracité de l’affirmation. On m’a accusé, dans les commentaires, d’être trop complaisant envers la CAQ et le PLQ. De taper exclusivement sur la gauche, sur la souveraineté. De ne pas faire d’analyse politique. Les lecteurs en questions n’ont manifestement pas lu mon résumé de la politique provinciale en 2011 (je n’y suis guère complaisant avec Jean Charest), mon conte de Noël (j’y suis méchant avec Stephen Harper),Temps durs pour la droite (devinez ce qui passe au tordeur?) ou ma critique amusée de la représentation partisane à Québec (et là, tous les partis y goûtent). Et encore, ce ne sont que les billets publiés depuis le lancement du Globe… il y en a d’autres plus anciens sur mon blogue.

Ce qui est intéressant, c’est que lorsque je tape sur les autres partis, je déclenche rarement l’avalanche de commentaires indignés que j’ai pu lire cette semaine. En fait, le seul billet où l’indignation a été à peu près similaire a été mon commentaire sur la place de la langue française au hockey. À deux reprises donc, j’ai mis le doigt sur le bobo identitaire québécois, refusant d’accepter les conclusions convenues d’avance, les mythes sociaux que l’on gobe tous les yeux fermés et ainsi de suite. Ce sont les deux fois où j’ai perçu dans les commentaires le relent doucereux du fanatisme.

Convenons d’une chose immédiatement: je ne fais pas toujours dans la dentelle. J’explore une variété de styles pour passer mes opinion et mes idées. Je peux verser dans l’analyse raffinée, documentée, annotée à l’excès. Je peux adopter un format plus créatif: conte de Noël, poésie, humour cru. J’ai même déjà rédigé un billet en  haïku!  Au-delà de la forme (et de la formule) le contenu m’importe davantage. Je ne me retiens jamais pour déboulonner les mythes et transformer les vaches sacrées en viande hachée. Je ne censure aucun commentaire s’opposant à mes opinions, justement parce que je ne crains pas de les confronter (et même de les modifier si les arguments s’avèrent convaincants). Pareillement, si vous n’êtes pas confortables avec vos opinions, vous risquez d’être irrités à l’occasion par mes propos.

Ironiquement, l’existence même du PQ a été mise en question par ses députés. Identité ou non, tout peut et mérite d’être remis en question. Le propre d’une société et d’une culture ouverte réside justement dans l’acceptation que nos idées sont perpétuellement remises en question. Que les dogmes doivent s’écrouler. Que la multiplicité des points de vue ne peut qu’être bénéfique à la prise de décision.

Je persiste et je signe. Ou plutôt, comme dirait l’inimitable Sol (et comme m’accuserons certains), je persifle et je singe.

Comments

Leave a Reply







  • Photographie par Patrick Meunier

    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

  • Articles récents


  • legrosbonsens.net on Facebook

  • Follow LeGBS on Twitter
  • Ze Blogroll