Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Symphonie Fantastique péquiste (ou, culture et politique)

Posted on | janvier 27, 2012 | No Comments

Vous ne connaissez pas la Symphonie Fantastique? C’est une oeuvre créée en 1830 par Berlioz. Elle décrit en détail le parcours politique d’un politicien souverainiste au Québec suite à la Révolution Tranquille.

Les nerfs, Patrick! me direz-vous. Comment une symphonie composée avant la naissance du Canada pourrait-elle nous illuminer sur le souverainisme? Vous êtes à coup sûr sceptiques, mais faites-moi confiance. D’ailleurs, voici pour vous le synopsis de l’oeuvre (et j’ajoute un bas un lieu vers son interprétation):

Rêverie – Passion: l’aspirant politicien erre à l’aveugle dans un paysage social qui le laisse insatisfait. Sa mélancolie ne le mène nulle part jusqu’à ce que, tout à coup, le saisisse l’idée fixe, cette inspiration subite qu’il ne peut dès lors plus abandonner et qui orientera le reste de sa vie. Toute son oeuvre s’anime alors d’une énergie nouvelle, inlassable, et cette idée fixe est répétée encore et encore, se transformant en réelle mantra. C’est une période d’interrogations fiévreuses, de débats, de remises en question. Même les moments de repos, de recueillement lui sont entièrement dédiés.

Un bal: Ce sont les beaux jours! L’idée est encore jeune et neuve, elle séduit réellement. Enivrante, elle mène vers notre politicien nouvellement plébiscité de nouveaux admirateurs qui le font tournoyer sans cesse en une folle danse. Pendant quelque temps, on pourrait même croire que son idée fixe s’est noyée dans le tumulte omniprésent mais non! Voici qu’elle resurgit, qu’elle guide même pendant un temps le rythme de la valse. Idéologie et action fusionnent alors dans un moment de pur bonheur. Puis on repart sur un rythme fou… on peut s’interroger un moment: sommes-nous en train de perdre le sens réel de nos valeurs! Voyez dans quel tumulte cette réflexion peut nous plonger.

Scène aux Champs: un dialogue doit s’amorcer. Risquons nous vraiment de retourner dans cette morne mélancolie sans que notre idée fixe se soit concrétisée? Nos thèmes, nos idées antérieures peuvent-elles être ré-articulées d’une nouvelle façon? Faut-il plutôt mettre l’idée fixe de côté? Développer de nouveaux thèmes? C’est presque impossible, qu’il se fasse séducteur ou colérique, notre politicien semble toujours attiré par son rêve personnel, par sa marotte, qui finit inévitablement par transparaître dans chacun de ses énoncés. Ce qui finit par le laisser isolé, à ressasser un thème auquel seul un écho vide répond…

Marche au supplice: La grogne est inévitable. L’idée fixe ne résonne plus avec le même pouvoir d’attraction. Notre politicien est laissé en pâture à la foule hostile. La fin est inexorable, on avance pas à pas vers un destin convenu d’avance, qui s’est joué à maintes reprises dans le passé et qui se rejouera encore. Avec une dernière profession de fois timide, il est démis de ses fonctions sous l’applaudissement général, suite à un vote de confiance particulièrement pénible.

Songe d’une nuit de sabbat: Rien ne va plus, dans une société tout aussi perdue les thèmes s’entremêlent également. Jour de colère que celui-là! Des fragments de l’idée fixe resurgissent par moment; certains tentent de faire croire à son décès, de chanter son requiem, mais elle est constamment remise de l’avant. Notre politicien est sollicité de toute part, assaillit à la fois par l’écho funèbre de son échec et la vision distordue de son idée fixe récupérée par (à ses yeux) de vulgaires opportunistes. À son propre horreur, il devient officiellement une belle-mère.

La symphonie se termine ici. Mais l’analyse, elle, continue. Car au-delà de la vie de ses politiciens ou de la musique, je traite ici d’un sujet plus profond: le lien inévitable entre la culture et la politique.

N’en déplaise aux Éric Duhaime, Nathalie Elgrably-Levy et Krista Erickson de ce monde, la culture reste le moyen par lequel notre société est transformée, analysée et représentée. Aborder la culture, c’est s’aborder soi-même. C’est accepter de voir le monde dans lequel on vit au-travers d’autres yeux. C’est développer de nouvelles métaphores (de là la Symphonie Fantastique comme parcours péquiste) afin de tenter de jeter un éclairage nouveau sur une situation.

La droite déteste à ce point la culture justement parce que, pour plusieurs de ses commentateurs les plus remarqués, l’absence de vision périphérique est en soi une vertu. Parce que penser hors des dogmes et des idées maintes fois répétées n’est pour eux nullement envisageable. La droite libertarienne se nourrit donc sans cesse des mêmes idées. Incestueuse, elle refuse le vent de fraîcheur et de nouveauté que représente la culture et non seulement perpétue mais également aggrave ses défauts.

C’est dans l’imprévisible que la culture trouve son utilité. Berlioz n’aurait pu prévoir ni probablement concevoir que je me serve de son oeuvre au fin d’analogie politique. Mais j’ai trouvé dans sa symphonie une lentille adéquate pour m’interroger sur un autre phénomène social.

Tant que nous aurons cette capacité de créer, d’interpréter, de réinterpréter et de se questionner, nous saurons que notre culture est bel et bien vivante.

Symphonie Fantastique

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  • Photographie par Patrick Meunier

    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

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