Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Vous ne serez pas d’accord: opinions, jugements et préjugés 101

Posted on | février 4, 2012 | No Comments

Chers lecteurs, chères lectrices, vous êtes des personnes brillantes et souvent extrêmement pertinentes. Un des éléments les plus remarquables de la vie de blogueur sur un collectif tel que Le Globe est sans contredit l’avalanche de points de vue différents et parfois farouchement opposés qui peuvent s’y exprimer. Non seulement les blogueurs eux-mêmes ne sont pas toujours du même avis, mais les lecteurs (du moins, ceux qui s’expriment via les commentaires) campent parfois sur des positions situées à des lieues des nôtres.

Par contre il est évident que l’argumentation n’a pas toujours la même profondeur. Tout le monde n’a certes pas le temps de documenter en détail chaque affirmation sur le web. Il serait peut-être indiqué alors de faire un petit tour des différents types d’idées que vous exprimez ici.

1) Le préjugé. Il y a une connotation fortement négative au mot « préjugé. » C’est un jugement auquel on parvient sans recherche, sans raisons, sans s’appuyer sur des faits. On l’utilise souvent comme un synonyme de « fausseté » mais en réalité, nous utilisons tous une multitude de préjugés dans notre vie de tous les jours, basés sur l’expérience personnelle souvent, sans irriter qui que ce soit. Que vous croisiez un inconnu en pensant « il me semble sympathique » ou que vous affirmiez solennellement que « tous les BS sont des fraudeurs de l’aide sociale », vous exprimez un préjugé.

2) Le jugement. Le jugement d’expert, à l’opposé, est un énoncé appuyé par la somme des connaissances dans un domaine précis. Il peut être légal, scientifique, artistique, peu importe, mais il fait une large part au savoir et aux compétences acquises par l’expérience. Son avantage: il peut être profondément documenté. Son inconvénient: il doit être profondément documenté.

3) L’opinion. Quelque part entre les deux se situe le texte d’opinion. Et c’est ici que nos problèmes débutent car l’opinion couvre pas mal tout le spectre, se rapprochant parfois dangereusement du préjugé blessant, et aspirant parfois à la clarté du jugement éclairé. L’opinion, par contre, est brève, succincte.

J’essaie de situer mes billets dans cette dernière catégorie. Par exemple, mon dernier billet sur l’aide sociale a impliqué la consultation de quelques centaines de pages de documentation. J’ai voulu rendre, dans le moins de caractères possibles, ce qui se rapprochait le plus d’un jugement éclairé tout en étant compréhensible pendant que l’on boit son café et mange un muffin lors de sa pause au travail. Je ne crache pas sur les textes moins documentés pour autant, mais je m’en sers alors plus avec humour (même si manifestement on n’apprécie pas toujours que je tape sur Pauline Marois ou le Sénateur Boisvenu!!!).

Tout ceci nous emmène à la réception de ces textes (en d’autres mots, pourquoi se casse-t-on la peine pour écrire tout ça). James Kuklinsky et Brendan Nyhan, deux chercheurs américains, ont étudié en profondeur l’influence des faits sur les préjugés et les croyances. Ils ont constaté, à leur grande surprise, que la simple lecture statique de faits (par exemple, dans les journaux) ne suffisait pas à modifier l’opinion de quelqu’un. Face à la dissonance cognitive, les lecteurs trouvent une façon de conforter leur préjugés, que ce soit en discréditant l’article, en l’ignorant, en l’interprétant librement, etc. Surtout, plus notre opinion sur un sujet donné est mal informée, plus nous la maintenons avec un haut degré de confiance!

Par contre, la présentation de faits de façon dynamique, avec interaction entre les participants, semble mener à de meilleurs résultats.  La clé semble-t-il réside dans l’estime de soi des participants. Si des mesures sont mises en place pour renforcer cette dernière avant un débat, il appert qu’un changement d’opinion est plus probable que dans la situation inverse. C’est ici que le format du blogue donne le meilleur de lui-même, en me permettant de répondre aux objections, aux commentaires de mes lecteurs, voir en me forçant parfois à raffiner mon analyse. Retournez, par exemple, lire la première ligne de ce billet!

En tant que lecteur je peux effectuer la même démarche. Le texte de mon collègue Louis Sirois a profondément choqué ma conception de l’aide sociale. Je me suis néanmoins permis de creuser la question davantage avant de répondre de mon article, plutôt que d’exposer seulement mes propres préjugés.

Plusieurs d’entre vous, lorsqu’ils commentent, essaient tout autant d’attirer l’attention sur les faits, de les rectifier, d’élever le débat. Ce pourquoi je vous adore, bien sûr! Et ce que je vous encourage à continuer de faire.

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