Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Ethique et torture: le débat

Posted on | février 8, 2012 | 3 Comments

Si vous avez été le moindrement attentif à l’actualité cette semaine, vous avez sans doute remarqué, entre les résultats du Super Bowl et la prolongation de la disette de Gomez, cette nouvelle troublante: le SCRS est maintenant autorisé à faire usage d’informations obtenues via la torture.

Ma première réaction en fut une de révulsion. Je chéris trop les droits de l’homme pour permettre à prime abord une telle abomination. L’usage de la torture évoque des temps barbare, voir les bûchers de l’Inquisition, les fausses confessions arrachées de force et ainsi de suite. Nul ne souhaite revivre ces âges de ténèbres.

Cette réaction originale fut renforcée en constatant que le ministre de la justice a demandé à l’organisme de faire de la protection des personnes et des biens sa priorité. Si j’ajoute les italiques, c’est que le dilemme éthique commençait à ce moment à se faufiler dans mon esprit.

Laissons de côté la protection des personnes – je trouve carrément inadmissible que l’on puisse encourager la pratique de la torture pour protéger des biens. Fondamentalement je crois que la dignité humaine devrait surpasser le matérialisme. Il est inacceptable alors d’encourager nos services de renseignements à se procurer des informations dont la provenance est douteuse.

Mais bon, on apprend plus tard que cette éventualité est réservée pour les seuls cas ou la vie des gens ou la sécurité publique (sans plus de précision dans ce dernier cas) sont mises en jeu. Le débat renaît de la confrontation entre nos idéaux et la réalité crue des affaires internationales. Dans un monde idéal, nous encouragerions nos alliés à adopter des pratiques plus humaines pour colliger ces renseignements sensibles. Dans la réalité, nous ne savons pas toujours dans quelles circonstances ceux-ci sont obtenus. Nous pouvons avoir de très forts soupçons sans être en mesure de prouver quelque allégation de torture que ce soit.

Nous nous retrouvons alors dans l’étrange obligation de balancer la vie et la dignité humaine. Car la torture n’est pas un acte isolé, c’est une habitude parfois institutionnalisée par certains régimes. Combien de citoyens sont soumis à d’abominables traitements pour chaque information, crédible ou non, qui pourrait être transmise à nos services de renseignement? Quel est l’effet à long terme de cette violence? Combien de gens en meurent et combien en meurent injustement? Ces questions sont le prélude à une interrogation encore plus cruelle: pour sauver une vie ici, au Canada, combien de vies sommes-nous prêts à sacrifier à l’étranger, combien de dignités humaines sommes-nous capables d’écraser?

D’un autre côté, si nous sommes en mesure d’éviter un massacre sur la base de telles informations, pouvons-nous refuser? Comment pouvons-nous concevoir le déchirement moral auquel fait face l’agent de renseignement devant décider de l’acceptabilité ou non d’une information pouvant concrètement sauver des vies humaines? Qui peut, doit, porter la responsabilité d’une telle décision, et comment devons-nous l’encadrer, le soutenir?

Sachant que les circonstances ponctuelles ayant mené à la production de cette information sont hors de notre contrôle, quel devient, du point de vue éthique, notre rôle face à nos alliés? Quel sont du point de vue éthique toujours les mécanismes de contrôle, de vérification et de suivi à mettre en place au pays afin d’éviter le dérapage de nos services de renseignement? Comment le tout est-il conciliable avec nos obligations internationales? La Convention contre la torturenous interdit d’extrader des individus vers un pays tiers pour être torturés, mais n’empêche pas la réception de renseignements obtenus de quelque autre façon que ce soit. Par contre, elle empêche d’utiliser ces renseignements lors de procédures judiciaires.

Le rôle de l’éthique est crucial justement dans ce genre de circonstances. Quels sont vos opinions à ce sujet, chers lecteurs, chères lectrices?

Comments

3 Responses to “Ethique et torture: le débat”

  1. louis mercier
    février 8th, 2012 @ 20:20

    Tout d’abord vous cherissez les droits de l’homme mais il faut aussi savoir que l’homme dont vous parlez a aussi des devoirs.Le gouvernement a le devoir de nous proteger d’un océan a l’autre…Nous avons le devoir de respecter les droits et libertés des autres et d’avoir une conduite honete et équitable de maniere a contribuer au bien-etre de sa famille,de son entourage,de sa province et de la societé canadienne….
    Pour ma part je pense que le SCRS doit avoir recours a la torture et la force pour nous proteger des crimes contre l’humanité cela fait partie de leurs devoirs…

    Attention,je ne parle pas de crimes communs, mais de terrorisme contre un peuple.
    LOUIS MERCIER.

  2. low level laser hair therapy information
    août 7th, 2014 @ 08:14

    low level laser hair therapy information

    Éthique | Le Gros Bon Sens arrive en ville!

  3. how to play irish hand drum
    septembre 22nd, 2014 @ 02:25

    how to play irish hand drum

    Éthique | Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Leave a Reply







  • Photographie par Patrick Meunier

    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

  • Articles récents


  • legrosbonsens.net on Facebook

  • Follow LeGBS on Twitter
  • Ze Blogroll