Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

La pluie et le beau temps

Posted on | février 18, 2012 | No Comments

Tiens, pourquoi pas une chronique sur le temps qu’il fait? Après tout, j’ai passé la semaine à profiter des largesses de Mère Nature comme chacun d’entre vous, tête nue en Février, seul sur le sable étendu par la ville sur les trottoirs, les pieds dans l’eau de pluie. Mon rêve était trop beau. Toute bulle doit éclater.

C’est en allant chercher l’aîné à l’école que tout commence. Il n’a que 8 ans, mais déjà une conscience aigüe du temps qui passe, et de ce qui ne se passe pas. Des connaissances qui se mettent lentement en place, des liens qui se tissent drôlement. L’aîné sait bien que le printemps en février, ce n’est pas normal. Et voilà qu’on parle de la couche d’ozone. « S’il y a un trou dans la couche d’ozone, il doit être très gros en Afrique? »

Drôle de lien entre l’ozone, le réchauffement, et la température ressentie à l’équateur. Je lui explique que les trous sont surtout au-dessus des pôles géographiques. Et je pense tout bas, mais non, ils sont chanceux, les Africains! Tout le monde en manque, de l’ozone, mais eux ils en ont à ne plus savoir quoi en faire! Ils manquent de tout le reste, bien entendu, ce qui est bien dommage, parce que l’ozone, ça ne se bouffe pas, ça ne se boit pas, ça ne protège pas du VIH ni d’un AK-47 ni des multinationales verreuses. Mais ils ne peuvent plus se plaindre ni dire qu’ils n’ont rien!

N’ayez crainte, je n’ai pas débité ça à fiston. J’ai ravalé mes paroles. C’est sans doute la faute à Céline que je lis présentement (pas la chanteuse, l’auteur), Céline qui crache son venin sur l’humanité pendant des centaines de pages mais qui ne peut pas se résoudre à en finir, comme Romain Gary, tiens, pour qui le mouvement caractérisait la grâce, et qui sentant venir le vieillissement, la fin de la grâce, justement, a mis fin à ses jours, lui, d’un coup de fusil dans la bouche et hop, plus de vieillissement, plus de problème… mais plus de Romain Gary, plus de grâce, et on oublie que mouvoir peut également émouvoir.

Enfin, ce n’est même pas de la faute à Céline, c’est de la faute à Foglia qui affecte le même style rapide, direct, sans appel mais sans le pessimisme généralisé et qui, à force de citer l’auteur, m’a poussé à la librairie un de ces quatre, devant une pauvre libraire un peu perdue…

(Moi) Vous avez Voyage au bout de la nuit?

(Elle) …

(Moi) C’est de Céline

(Elle) (Après un long silence) Vous avez regardé dans la section biographie?

(Moi) (Après un silence encore plus long) Non! Pas Céline Dion! Céline, l’auteur.

(Elle) Ah… et c’est quoi son nom de famille?

(Moi) C’est son nom de famille… c’est un nom de plume…

(Elle) Ah… on doit pas l’avoir alors…

J’ai acheté le livre ailleurs, mais bon, si je suis pessimiste, ce n’est ni à cause de Céline ni de Romain Gary ni de Foglia ni de la libraire ni de mon fils et encore moins à cause des Africains. Peut-être parce que l’hiver est à l’envers, que le monde est en chamaille, qu’on gèle au sud et qu’on sue au nord. Que j’ai bien peur que le temps suivra son cours.

Peut-être parce que je sais pas quoi faire. Parce que je me sens coupable d’être heureux à ne pas avoir à pelleter mon entrée. Que je vois fiston malheureux de ne pas faire de ski, et que je suis moi-même malheureux de ne pas faire de raquette. Parce que je peux bien chanter mes rêves, mais même vu le temps qu’il fait, on ne peut nier ce qu’il y a de sang et de misère.  Je ne vois pas comment ne chanter que la paix.

Pourtant c’est sans doute tout ce qu’il manque aujourd’hui parce qu’en réalité, personne n’aime un vieux bougon, mes enfants n’aiment pas un père bougon, je présume que les Africains n’aiment pas les bougons, manifestement Romain Gary ne les aimait pas et Foglia lui-même ne doit pas trop s’endurer la moitié du temps. Parce que le vrai moteur du changement est dans l’estime de soi, dans la réalisation, dans la valorisation, ce qui est rarement accompli, de par ma modeste expérience, en chialant après les gens.

Tout ça vaut bien une chanson. Voir plusieurs. L’oiseau le fait – c’est le printemps. L’enfant le fait. C’est une mise en mouvement. C’est ce qu’a compris Céline: le mouvement c’est de l’émotion, Romain Gary l’a explicité mais Céline le vit, le fait vivre et me fait réaliser que si la libraire doit le lire elle doit être portée par une émotion, un élan qui l’emmène à le découvrir. Pareillement si je veux faire une différence je dois créer cette même émotion, ce même mouvement: même racine, même réalité. Tout ça vaut bien une chanson, parce que lorsqu’elle te dit « n’aie pas peur, vas-y » elle mérite bien d’être chantée.

Ils sont assez à raconter la même histoire. Et si on chantait la pluie et le beau temps? Et si on chantait une mise en mouvement?

Si on chantait, ensemble?

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  • Photographie par Patrick Meunier

    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

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