Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Cette langue que l’on censure

Posted on | février 25, 2012 | No Comments

Affiche par Alliance Vivafilm

L’organe de la parole est un organe de plaisir. Sans grande surprise, ce plaisir peut verser autant dans le sublime, dans le transcendant que dans la vulgarité la plus abjecte. Il ne s’agit que de mettre le doigt sur le bobo, pour ainsi dire. Il arrive parfois que la langue soit mise à l’index, parfois aussi entre d’autres doigts. Les mauvaises langues s’agiteront alors dans tous les sens.

Mais la langue qui nous intéresse aujourd’hui s’est retrouvée entre un index et un majeur, précisément ceux de Jay Baruchel, vedette du film Goon (qui a pris l’affiche hier), et dont la mimique se retrouve ainsi placardée un peu partout d’un océan à l’autre. Enfin, presque partout, le geste choquant ayant été censuré d’abord par à Toronto, puis par la Société des Transports de Montréal.

L’ironie est que les affiches traînaient bien en évidence depuis un certain temps sur les espaces publicitaires dudit métro, ne suscitant guère de commentaires (favorables ou non) sur le film à venir. Rééditer le succès de Slapshot et de la série des Boys semble plutôt banal en réalité. Vous devinerez que je n’avais (et n’ai toujours) aucune intention d’aller voir le film dans un proche ou lointain avenir.

Ayant moi-même déambulé à plusieurs reprises devant les affiches en question je ne m’étais jamais arrêté au caractère spécifiquement vulgaire ou disgracieux du geste de Baruchel, mais plutôt à l’effet d’ensemble. Pour ceux qui n’avaient pas compris: le geste symbolise le cunnilingus. L’allusion sexuelle avait manifestement échappé aux censeurs à prime abord (comme, sans doute, à n’importe quel adulte ayant développé son humour au-delà de l’école primaire). Étant moi-même assez naïf, il faut s’en douter, je n’avais pas plus porté attention à cet aspect de la mimique de Baruchel jusqu’à ce que le « scandale » de cette censure éclate dans les médias.

Je comprends la vulgarité, mais je ne m’y complais point. Cependant, je ne crois pas utile de la censurer, surtout que ce geste, en comparaison à bien d’autres choses que l’on voit sur les panneaux-réclames, ne m’apparaît pas si scandaleux. J’en ai bien plus contre l’affiche proposant des filles de 14 ans à moitié nues et photoshoppées adoptant des poses suggestives. Cette vulgarité-là est insidieuse, vise à nous transformer, à changer nos idéaux de façon malsaine. La vulgarité de Baruchel est pleinement assumée et ne vise pas grand chose (en tout cas, ça ne vise pas plus haut que la ceinture).

Censure inutile donc, et qui risque au final de faire encore plus de publicité à Goon et inciter encore plus de gens à aller voir l’affiche en question. Parfois, le mieux est l’ennemi du bien…

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  • Photographie par Patrick Meunier

    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

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