Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Le jus, la liberté et le chocolat de Pâques

Posted on | avril 8, 2012 | 1 Comment

Que l’on s’en souvienne ou non, on fête aujourd’hui une libération. La Pâques chrétienne après tout fait converger en un seul évènement deux concepts théologiques différents: la libération de l’homme de l’emprise de la mort, et la libération d’un peuple du fardeau de ses pêchés accumulés. Probablement pas par coïncidence, cet évènement est sensé s’être produit le jour de la Pessa’h, la Pâque juive commémorant l’exode hors d’Égypte et la libération du peuple israélite du joug du pharaon.

En plus, anciennement, c’était la libération du Carême, ce jeûne obligatoire. Tous étaient alors libres de s’empiffrer de sucreries diverses. Aujourd’hui nous ne sommes plus vraiment libres mais plutôt obligés de nous soumettre au diktat commercial: nous devons souligner cet anniversaire par un abus de sucreries, chocolatées de préférence.

Par une vraie coïncidence cette fois, une autre libération s’est produite hier et mérite d’être soulignée aujourd’hui. Rapidement cerné par la pression populaire diffusée via les médias sociaux, l’entreprise québécoise Lassonde a annoncé un changement de position important dans un litige l’opposant à une petite compagnie nommée Olivia’s Oasis.

Le litige a en effet rapidement pris des allures de David contre Goliath (puisqu’on est dans les allégories bibliques, profitons-en!). Les Québécois se sont donc rapidement ralliés autour d’Olivia’s Oasis. Soyons par contre réaliste dans l’analyse de la situation: les jus de Lassonde sont principalement distribués dans l’est du Canada; le Québec représente une part non-négligeable de ces ventes. De plus, la compagnie assure la fabrication et la distribution de plusieurs marques privées. Un boycott dans ce marché aurait considérablement nuit à ses ventes directes et aux relations avec ses partenaires d’affaires. Le pouvoir des consommateurs était bien réel dans ces circonstances.

Aurait-il été suffisant pour mettre à genoux d’autres conglomérats mieux intégrés? Les concurrents de Lassonde dans le marché des jus de fruits au Québec sont PepsiCo et Coca-Cola. Leurs chiffres d’affaires respectifs de 57,8 milliards et 35,1 milliards écrasent facilement Lassonde (760 millions) et les mettent à l’abris des recours locaux.

Nous sommes donc libres, mais pas trop. Notre liberté individuelle se limite à choisir entre des options qui sont bien souvent trop restreintes. Les trois manufacturiers ci-dessus représentent l’essentiel du choix de breuvages que vous retrouverez en épicerie, et un seul d’entre eux peut être affecté par une action collective bien ciblée.

Il est temps d’inverser la vapeur. On a souvent interprété le libre-marché comme la liberté pour les entreprises de pouvoir se comporter comme elles le veulent, à l’abri des gouvernements, des frontières et des recours citoyens. Il est temps de reconnaître que le libre-marché, c’est aussi la liberté des consommateurs. Des individus. Le marché, après tout, n’existe pas sans eux. En fait, il existe pour eux.

Cette liberté passe avant tout par la libre circulation de l’information. Mais l’information a un coût et, comme tout ce qui se transige, peut-être achetée et véhiculée par ceux qui ont plus de moyens. Les milliards gaspillés en communication marketing l’illustrent parfaitement. D’où la nécessité d’égaliser un peu le terrain. D’exiger l’affichage en évidence des lieux et méthodes de productions, des liens de propriété des filiales et marques de commerce. D’investir pour informer les citoyens-consommateurs des caractéristiques réelles des produits qu’ils achètent.

Nous pouvons revendiquer cette liberté collective: celle de se battre à armes égales, en s’appropriant à notre tour l’information. Ce n’est qu’en ayant la possibilité de prendre des décisions réellement éclairées que le marché, notre marché, deviendra parfaitement libre.

Comments

One Response to “Le jus, la liberté et le chocolat de Pâques”

  1. louis mercier
    avril 8th, 2012 @ 17:52

    Que penses tu du monopole de la S.A.Q. sur le marché du jus de raisins.

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