Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Pourquoi la gauche et la droite m’emmerdent

Posted on | avril 9, 2012 | No Comments

Bon, je sors pour une rare occasion les gros mots. Que se passe-t-il? Étais-je à court de Prozac ce matin? Ou peut-être en ai-je simplement ras-le-bol du détournement du sens des expressions « Gauche » et « Droite » en politique, et de la guéguerre d’insultes et d’injures qui suit généralement les détracteurs de l’un ou de l’autre camp. Tout cela est indigne d’une culture démocratique bien établie. Et si on remettait les pendules à l’heure?

Pourtant mes propres opinions ont parfois l’air de pencher plus d’un côté que de l’autre, ce qui m’a valu également d’être traité de petit gauchiste, de socialiste, de communiste. Je trouve ça aussi ridicule et enfantin que de traiter son adversaire de « drettiste », de fasciste, de capitaliste et ainsi de suite (ce qui m’est également arrivé!). On passe à côté de l’essentiel de la question en résumant le tout à une étiquette que l’on veut « morale » mais étrangement vide de contenu.

Leçon d’histoire: le clivage gauche/droite vient d’abord de la révolution française, les partisans de l’autorité royale prenant place à droite du président de l’assemblée nationale et ceux du pouvoir populaire, à gauche. Est-ce toujours pertinent aujourd’hui? Plus que jamais. Derrière cette séparation se trouve en réalité un axe, un spectre sur la réalisation personnelle de l’individu et de ses besoins fondamentaux.

D’un côté du spectre, l’individu comme seul maître de sa destinée. Par extension, tout ce qui arrive à un individu, que l’impact soit positif comme négatif, ne relève de lui et que de lui seul. On n’a littéralement que ce que l’on mérite. Vous êtes pauvre? Sortez-vous de la pauvreté à la force du poignet (comme Herman McCain). Handicapé? Ce n’est pas une excuse pour ne pas devenir une sommité mondiale de la science (comme Stephen Hawking). Peu importe les circonstances environnantes, vous pouvez toujours, toujours triompher et vous affirmer face à celles-ci.

Cela nourrit une certaine vision du libertarianisme (pas toutes, cependant) en prétextant qu’il faut retirer le maximum de contraintes économiques et sociales sur l’individu. Il en découle paradoxalement donc que même une situation d’autorité abusive et contraignante est méritée. La droite justifie ainsi l’autocratie, voir la dérive ploutocratique et dans ses manifestations les plus extrêmes, le fascisme (ce qui semble contradictoire, et qui l’est effectivement).

De l’autre côté du spectre, l’environnement comme maître de la destinée de l’individu. Dans ce paradigme, les déterminants de l’environnement socio-économiques (pauvreté, santé, éducation, etc.) en viennent à réduire les choix et les possibilités de l’individu. Vous venez d’une famille pauvre et non-éduquée? Vous n’aurez pas tendance à faire d’études et maintiendrez le cycle. Vous vivez dans un quartier mal famé? Vous risquez de moins respecter votre environnement, et le cercle vicieux se poursuit. Les exemples ici sont anonymes mais tout aussi réels: ils n’ont jamais eu la chance de s’illustrer, écrasés par le poids de leur environnement.

Cela peut parfois mener à la caricature (« C’est pas ma faute, c’est la faute à la société! ») et à certaines tentatives maladroites d’égaliser pour tous les conditions de l’environnement économique. Quand j’étais enfant on croyait fermement à la notion selon laquelle tous les enfants d’un niveau devaient partager les mêmes cours, même si certains étaient en difficultés et d’autres, trop en avance pour le contenu, nuisant ainsi aux deux groupes. Les dérives « égalitaires » (là encore, pas toutes, précisons-le) ont parfois menée au communisme, une tentative ratée de contrôler systématiquement les variables de l’environnement socio-économique.

La gauche et la droite m’emmerdent. Pourquoi? Parce que leurs deux visions ne sont pas opposées mais complémentaires. Je les ai décrite comme un spectre, comme un axe; en réalité il faudrait le voir plus comme une matrice, avec deux axes bien distinct: celui de l’affirmation individuelle et celui de la pression environnementale. Chaque décision, chaque changement, chaque problématique doit être située de façon claire dans cette matrice; son évolution forme une courbe au sein de celle-ci qui nous permet de mieux comprendre sa portée.

Dans une démocratie, le rôle de l’état est de balancer le poids de ces deux variables afin d’obtenir le plus grand bien commun. Par exemple, les variables économiques et l’éducation parentale influencent l’accessibilité aux études; une population plus éduquée maximise la richesse et contribue au bien commun. Le rôle de l’état est par conséquent de favoriser l’action sur les variables environnementales et les déterminant de l’éducation (incluent, mais ne se limitant pas, au prix de celle-ci) et ce, au détriment d’autres dossiers moins critiques.

Par exemple, on pourrait voir la construction d’un amphithéâtre comme une tentative de réduire la pression de l’environnement  économique à l’atteinte d’un bonheur individuel (via l’association à un symbole collectif, une équipe de hockey) mais sans autres grandes influences. On mentionne parfois l’encouragement à faire du sport, mais en réalité un seul amphithéâtre n’aide pas énormément de monde à accéder à un lieu de pratique sportive.

Alors nous avons d’un côté un gouvernement qui cherche à couper entre 172 et 192 millions, et qui évalue que les pertes potentielles subies par ce fait à 278 000 étudiants annuellement ne sont pas supérieurs aux gains intangibles générés par un amphithéâtre de 400 millions (payé à moitié, donc à hauteur de 200 millions, par le gouvernement Charest) pour quelques 600 000  habitants de la région de Québec.

Le choix entre les deux est une question de gros bon sens. Si nous voulons vraiment travailler sur le développement du sport amateur, les 200 millions engloutis dans cette aventure permettraient de financer, par exemple, 500 terrains de soccers extérieurs (avec durée de vie de 10 ans, minimum) dans diverses municipalités du Québec, bénéficiant ainsi à un bien plus grand nombre de personnes de façon beaucoup plus concrète.

En même temps, il faut aussi favoriser l’initiative individuelle lorsqu’elle se présente. Qu’on le veuille ou non, l’entreprenariat est une action individuelle, personnelle, mais qui bénéficie grandement au reste de la société. Tous les individus n’ont pas la tolérance au risque, l’esprit d’innovation et la détermination requis pour se lancer en affaires. Il importe donc de supporter le plus efficacement possible ceux qui mettent en action ces qualités afin de permettre à ces dernières de triompher des obstacles présents dans leur environnement.

On ne parle donc pas seulement d’obstacles économiques individuels (pas de cadeau, tout le monde paie ses impôts) mais d’obstacles par exemple bureaucratiques, sociaux (favoriser la mise en contact des entrepreneurs avec des réseaux d’entraide, des fournisseurs, des clients potentiels, etc.), légaux, etc.

Bref, la gauche et la droite m’emmerdent parce que ce sont des modèles idéologiques et non des modes de bonne gouvernance. Parce que le bien commun, c’est autant l’amélioration du sort de l’individu que des conditions environnementales. En tant que citoyen, j’estime mériter et j’exige une gouvernance profitant réellement au plus grand nombre possible. Même si à l’occasion je ne ferai pas partie de ce plus grand nombre. Au final, je sais bien que nous allons tous en profiter.

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