Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Analyse de l’entente entre les étudiants et le ministère

Posted on | mai 6, 2012 | No Comments

Les termes de l’entente conclue entre les représentants étudiants et le ministère de l’éducation ont été dévoilés en fin de soirée hier. Vous trouverez le texte intégral de l’accord sur le blogue de Jean-François Lisée notamment, ainsi qu’à d’autres endroits. Penchons-nous donc un peu plus sur ses répercussions…

Qui sort gagnant des négociations? À première vue, les deux parties en cause semblent s’en tirer fort honorablement. L’entente maintien la hausse des frais de scolarité; par contre, elle instaure un mécanisme de gestion des dépenses universitaires dont le but sera de permettre éventuellement aux étudiants de réduire les frais afférents, permettant ainsi d’annuler l’effet de la hausse sur la facture globale payée par l’étudiant.

Le gouvernement peut donc prétendre ne pas avoir plié sur son objectif premier (maintenir la hausse des frais de scolarité) tandis que les étudiants peuvent affirmer avoir atteint leur but (gel de la facture globale).

Tout ça est bien beau en théorie… mais en pratique?

Dans le court terme, l’entente prévoit le report dès l’automne d’un montant de 125$ à titre de frais afférents. Attention! On ne parle pas d’annulation, mais d’un report du paiement. L’annulation de ce montant sera concrétisée si, et seulement si, des économies correspondantes sont dégagées par le Conseil provisoire des universités.

Mais qu’est-ce donc que le Conseil provisoire des universités? Il s’agit d’un organisme mit sur pied par le ministère suite aux négociations afin de superviser les dépenses de toutes les universités québécoises afin de réduire le budget d’opération de celles-ci et de refiler les économies aux étudiants.

Qui donc siègera sur ce conseil? Selon l’entente, il y aura (les italiques sont de moi):

  • 6 recteurs ou représentants des universités
  • 4 leaders étudiants
  • 4 représentants syndicaux
  • 2 représentants des milieux d’affaires (désignés par la ministre)
  • 1 représentant des CÉGEPs (désigné par la Fédération des CÉGEPs)
  • 1 représentant du MELS (désigné par la ministre)
  • 1 président (désigné par la ministre)
Alors selon vous, qui aura le pouvoir autour de la table de négociation? Sur les 19 personnes, les 6 recteurs et 4 membres désignés directement par la ministre sont en tout temps capable de remporter la majorité. La présence de représentant syndicaux est une façon assez claire d’indiquer qu’on sera complètement incapable d’adresser quelque problème que ce soit touchant à la masse salariale des universités. Bref, toute mesure mise de l’avant par les étudiants risque rapidement d’être écartée.
Mais, direz-vous, au moins ces négociations deviendront un enjeu public qui pourra être révélé par les médias! Ceci devrait assurer plus de transparence et d’imputabilité, non?
Hélas non! Nulle part dans le document de l’entente mentionne-t-on le caractère public de ces échanges. Au contraire, les règles de fonctionnement du conseil seront laissées… au conseil lui-même (noyauté par les recteurs et le ministère). Rien n’empêchera le vote de règle sévère quand au huis-clos, à la non-divulgation, etc, etc. Seront-elles respectées? Sans doute pas. Mais ceci ne fera que recréer le psychodrame plus tard, permettant au passage à la ministre de prétendre que les étudiants ne respectent pas le terme des ententes signées. C’est une belle façon de prendre ces derniers à leur jeu: s’ils pensent mieux gérer que le ministère, le Conseil prétend en théorie leur laisser la chance d’en faire la preuve. Dans les faits toutefois, ce sera bien différent.
En passant, mentionnons que ce conseil devra rendre ses recommandations au plus tard le 31 décembre 2012, soit bien après les prochaines élections provinciales. Line Beauchamp achète donc la paix sociale, mais pour un trimestre seulement.

Être de mauvaise foi,  les mots patente à gosse me viendraient en tête spontanément… Les étudiants devraient exiger, au minimum, d’inscrire le caractère public des négociations et des enjeux étudiés par le Conseil provisoire des universités dans le décret assurant sa création.

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