Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

La culture, qu’ossa donne?

Posted on | juin 25, 2012 | No Comments

Photo de Pedro Sanchez

Beau petit débat en perspective lancé par Pierre Foglia plus tôt cette semaine dans La Presse. Dans un billet bien senti, il s’attardait à démonter une certaine conception « utilitariste » de l’éducation via la lettre d’un parent qui ne comprenait pas que Le Malade Imaginaire de Molière soit toujours au cursus scolaire au XXIème siècle.

Mon « collègue » blogueur Renart Léveillé a surenchéri dans son propre billet pour étendre la position de Foglia à la culture en général, et non seulement à l’éducation, via un spectre gauche/droite volontairement exagéré à l’extrême. Dans son billet, tout appui à la culture de la part de l’état, comme tout appui à l’éducation, devient un cauchemar bureaucratique, une intervention non-désirée dans la vie des citoyens.

N’en déplaise à tout un chacun, la droite n’a pas une opinion aussi désastreuse de la culture. Dans les faits, elle en a bien entendu une conception plutôt utilitariste: i.e. a quoi sert donc cette culture, dans l’immédiat, que puis-je en faire? La gauche de son côté tend à voir la culture comme une fin en soi – normal peut-être vu le nombre d’artistes qui se rangent à gauche et qui rendent un jugement tout à fait intéressé sur la culture et son utilité publique.

Vous avez besoin d’exemples précis? Allez voir par exemple qui siège sur les conseils d’administration de l’OSM, du Musée des Beaux-Arts de Montréal (si vous ne connaissez pas Brian M. Levitt, allez voir qui est sur le conseil d’administration de la Banque TD), du Musée d’Art Contemporain, de l’Orchestre Métropolitain, etc, etc. On ne peut pas dire que la droite ne favorise que la culture de masse, pas du tout.

Par contre, voir la culture comme une fin en soi, un tout auto-suffisant est un peu réducteur également. La culture ne vous abrite pas en hiver, vous ne nourrissez pas vos enfants avec une sculpture, vous ne respirez pas une chanson (à moins de faire du chant de gorge inuit, mais on s’égare…). L’art pour l’art, la culture pour la culture, n’est qu’une gigantesque fumisterie, mis de l’avant par des artistes qui, à dessein, cherchaient à éliminer cette conception utilitariste de la culture.

Alors, la culture, qu’ossa donne? Le simple fait que vous ayez compris la référence du titre de ce billet nous donne un indice. La culture, c’est d’abord et avant tout une série de codes, de leviers, d’outils, que l’on se donne en tant que société pour réagir à notre environnement qui va bien au-delà de l’appréciation esthétique. Elle nous permet, par le partage de références communes, d’améliorer l’efficacité de notre communication et notre compréhension mutuelle d’évènements que nous vivons collectivement. Mais surtout, la culture n’est pas unique et encore moins uniforme. Il y a une culture « nationale », sans doute, mais également une culture d’entreprise, une culture dans votre groupe d’amis, dans votre ligue de hockey amateur du vendredi soir, une culture sur Twitter au Québec, une culture de la droite, de la gauche, une culture par classe sociale, voir plusieurs. On n’en sort pas. Nous sommes noyés dans les cultures.

On comprend que le mécénat d’institutions culturelles a des racines profondes, et rejoint directement une certaine sous-culture qui valorise ce genre d’investissement et la compréhension de l’expression artistique comme nécessaire à la réalisation de l’idéal de l’homme libéral – libéral non pas au sens politique mais au sens classique du terme: éducation libérale, éducation de l’homme libre (libéré de l’obligation de travailler, libre de diriger, de gouverner).  La culture et le mécénat sont utilitaristes.

Mais revenons au titre du billet. La référence à Yvon Deschamps et son célèbre monologue Les unions, kossa donne? est évidente. Dans ce numéro, le personnage se fiant à la bonté de son patron, reflétant un certain discours ambiant à l’époque (et à mon grand horreur, toujours aujourd’hui!) ne se rend pas compte, du haut de sa naïveté, qu’il se fait carrément exploiter.

J’avance donc que si la culture est nécessairement utilitariste, elle ne se limite pas qu’à ça. Surtout, les règles et codes qui la définissent ne peuvent pas être déterminés de façon bassement utilitariste; au contraire ils jaillissent spontanément, s’imposent à l’imaginaire collectif. La récente grève étudiante en est le meilleur exemple. « Tin din fesses mon câlice! » notamment est passé au panthéon des expressions caractérisant une stupidité extrême, de même que les mots « sangria » et « la belle vie » dans la même phrase illustrent aujourd’hui à merveille l’ironie d’un mépris mal ciblé. Je ne suis pas certain que les auteurs de ces phrases mémorables aient eu en tête leur utilisation actuelle à l’époque…

Fondamentalement, le but de l’art pour l’art est donc le droit à cette spontanéité, à la création sans entrave, sans intervention, sans diriger l’utilitarisme, mais en faisant confiance aux mécanismes intrinsèques de la culture, de la propagation de celle-ci, pour assurer la survie de l’oeuvre. Or autant à gauche comme à droite, il faudrait peut-être accepter par moments que la culture, c’est fondamentalement quelque chose qui est et sera toujours hors de notre contrôle…

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