Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Xénophobie pour les nuls

Posted on | août 21, 2012 | No Comments

Quelle mouche a donc piqué Pauline Marois aujourd’hui? L’aile radicale souverainiste de son parti l’a-t-elle rappelé à l’ordre suite à ses tergiversations sur la tenue d’un référendum lors d’un prochain mandat? Ou encore est-elle au contraire trop confiante suite à des sondages qui la donnent gagnante des élections? Il reste encore deux semaines et bien des choses peuvent se produire… comme cette potentielle bourde aujourd’hui où Marois confirme son intention de créer dans un Québec souverain des citoyens de second ordre.

Marois veut inciter les nouveaux arrivants au Québec à apprendre le français. En soi, l’idée est louable. La langue française a un statut précaire dans la province et de nombreuses lois ont été mises de l’avant pour la protéger (que l’on pense à l’affichage, à la langue d’enseignement, etc.). Ces lois encadrent des droits fondamentaux (dont le droit à l’expression) sans les suspendre: tout le monde a le droit d’afficher, tout le monde a droit à l’éducation. J’adhère sans réserve aux lois qui ont été mises de l’avant pour ce faire.

Mais voici que le droit à la vie démocratique serait suspendu pour ceux dont la connaissance de la langue est insuffisante (notez le flou artistique ici). Ceci non seulement  pour les nouveaux arrivants, mais également pour les citoyens actuels. Je cite La Presse, citant Pauline Marois:

«Ce n’est pas pour les nouveaux Québécois, c’est pour tout le monde. Tous les citoyens du Québec qui veulent se faire élire dans une mairie, comme conseiller, comme député, doivent avoir une connaissance du français»

Le projet va plus loin cependant et leur interdit même de financer des partis politiques et d’adresser des pétitions à l’Assemblée Nationale. Non seulement ceci va-t-il à l’encontre des articles 10, 13, 21 et 22 de la Charte des droits et libertés de la personne, mais enfreint également les articles 2, 15 et 21 et 30 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Les discussions avec certains partisans de Marois m’ont donné froid dans le dos: on suggère même de suspendre la charte, carrément! (Entre parenthèses: bonne chance au Québec souverain pour se faire reconnaître par l’ONU avec un tel projet de loi sur la conscience.)

Un des problèmes fondamentaux avec cette idée est sans doute qu’elle est d’un populisme navrant et surtout, d’une paresse écoeurante. La promotion du français demande un effort constant de la part de tous, particulièrement de la majorité francophone. Dans ce cas-ci on se contente de pelleter le problème sur le dos de « l’Autre » en s’en lavant les mains plutôt que d’investir massivement dans la promotion d’une culture francophone partout à travers la province, même dans les coins où le français ne semble pas à prime abord menacé. (J’ajouterais en aparté que la méconnaissance du français par les francophones « de souche » est à mon avis un enjeu encore plus criant, mais bon, c’est un autre combat…).

De plus, ce problème revient à nier une vérité essentielle: ce sont les populations qui choisissent les gagnants des élections. Choisira-t-elle un candidat qui ne peux communiquer avec elle? Si c’est le cas, et bien c’est son choix! On ne peut pas priver les gens de leur liberté démocratique de voter pour le représentant de leur choix, justement.

Finalement, cette idée n’est pas sans précédents, et s’inscrit dans une bien sombre lignée… voyons quelques exemples récents de pays ayant tenté de limiter ces mêmes droits à leurs citoyens: la Bosnie fut condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme en 2009; dans sa constitution, elle interdit notamment aux Roms et aux Juifs de se présenter à certaines élections. L’Arabie Saoudite interdit toujours aux femmes de se présenter aux élections. Israël a également interdit en 2009 aux partis arabes le droit de présenter des candidats aux législatives. Et comme je ne souhaite pas franchir le point Godwin, je vous épargne ici les cours d’histoire sur certains régimes totalitaires bien connus qui ont fait de la sélection des candidats un préalable à d’autres dérives inhumaines.

Je partage donc avec vous cette définition sociologique de la xénophobie: « ensemble des discours et des actes tendant à désigner de façon injustifiée l’étranger comme un problème, un risque ou une menace pour la société d’accueil et à le tenir à l’écart de cette société, que l’étranger soit au loin et susceptible de venir, ou déjà arrivé dans cette société ou encore depuis longtemps installé. »

Si ce n’est pas exactement ce que le PQ tente de faire, je vous mets au défi de trouver un meilleur exemple.

 

 

Comments

Leave a Reply







  • Photographie par Patrick Meunier

    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

  • Articles récents


  • legrosbonsens.net on Facebook

  • Follow LeGBS on Twitter
  • Ze Blogroll