Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Le parti libéral de demain

Posted on | septembre 11, 2012 | No Comments

 

Chers amis libéraux; suite à une soirée électorale enlevante, certes, où vous fîtes meilleure figure que prévue sans toutefois parvenir à vous maintenir au pouvoir, vous voilà forcés à tenir une course à la direction du parti. Les candidats abondent et leurs visions multiples donneront je l’espère naissance à de fructueux débats. N’ayant pas l’intention de briguer la chefferie du parti, j’aimerais néanmoins partager quelques impressions avec vous.

Je ne vote généralement pas libéral. J’ai par contre un grand respect pour le processus démocratique et force m’est de reconnaître qu’un parti en existence depuis 145 ans mérite l’attention des Québécois. Je m’adresse dès lors à vous, membres du parti libéral: quel parti souhaitez-vous réellement former?

L’histoire de votre formation politique est peuplée d’hommes d’état brillants et de politiciens véreux; quel pari ferez-vous pour les années à venir? Soyons honnêtes: Jean Charest ne figurera pas dans les manuels scolaires pour ses grandes réalisations. Le Fonds des générations perd de la valeur, le Plan Nord est au mieux un plan douteux, et la baisse d’impôts du premier mandat depuis longtemps oubliée. Il quitte sous les mauvais auspices d’une commission d’enquête qui sans l’avoir condamné ne présage rien de bon pour sa postérité.

D’autres parmi vos chefs ont quitté dans les mêmes circonstances. Honoré Mercier fut défait par le scandale de la Baie des Chaleurs; Lomer Gouin eut aussi à vivre un scandale au sein de son cabinet (ce qui ne l’empêcha pas de se faire réélire à deux reprises). Taschereau dut démissionner lorsque son frère avoua un détournement de fonds; à son crédit, il avait auparavant fondé les écoles des beaux-arts de Québec et Montréal, tenté (vainement) d’affaiblir la mainmise de l’église catholique sur l’éducation et débuté un virage pour faire passer l’économie du Québec du mode agraire vers une économie industrielle. Et si on doit à Robert Bourassa la Charte des droits et libertés et les allocations-familiales, on se souvient aussi de lui pour les scandales de corruption qui le chassèrent du pouvoir une  première fois en 1976.

L’usure du pouvoir a toujours été reprochée à vos chefs. Ce qui n’a pas empêché certains d’entre eux de s’illustrer brillamment. Félix-Gabriel Marchand tentera le premier de créer un ministère de l’Éducation. Adélard Godbout octroya le droit de vote aux femmes, fonda Hydro-Québec et modernisa le Code du Travail. Et que dire de Jean Lesage! Le père de la Révolution Tranquille crée en 6 ans la Caisse de Dépôt, la Régie des Rentes, l’assurance-maladie et nationalise l’électricité.

On le voit, il y a dans la longue tradition libérale deux tendances distinctes: l’une progressiste, nationaliste, visant à développer et renforcer le Québec afin que sa richesse profite à tous les Québécois. C’est la lignée des hommes d’état. Et il y a la lignée des petits politiciens, qui essaient tant bien que mal de se montrer à la hauteur mais confondent inévitablement le bien du parti avec le bien de la province.

Ces dernières années, tout semble indiquer que la dernière voie a été empruntée. En important un ancien chef conservateur d’Ottawa, le parti a renoncé à sa base idéologique pour se concentrer uniquement sur un objectif: son maintien au pouvoir. La dérive du centre vers la droite pour tenter de contrecarrer l’ADQ, puis la CAQ, illustre à merveille ce changement de cap.

Forts du soutien indéfectible des anglophones et de plusieurs communautés culturelles, à un moment où l’appui à l’indépendance du Québec n’a jamais été plus bas, vous avez aujourd’hui la possibilité de remettre les pendules à l’heure: quel genre de parti voulez-vous vraiment pour le Québec? Un parti de vision, un parti pour l’ensemble des Québécois, ou un parti qui ne travaille que pour lui-même, gouvernant au gré des sondages, des chantres de la radio-poubelle et des médias hyper-concentrés?

Vous avez été les deux – à vous de choisir ce que sera le parti libéral de demain.

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  • Photographie par Patrick Meunier

    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

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