Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Les coquelicots de la colère

Posted on | novembre 3, 2012 | 1 Comment

Étrange tempête médiatique que ce débat autour du coquelicot de Pauline Marois. La Première Ministre a en effet eu l’idée saugrenue de fixer au centre du sien une petite épinglette représentant le fleur de lys. Il n’en fallait pas plus pour que des vétérans crient à l’insulte et que la classe politique québécoise s’enflamme.

Ceci nous apprend au moins trois choses:

  1. Il est temps que le hockey recommence, beaucoup de gens n’ont manifestement pas assez de distractions ces temps-ci
  2. Aucune autre épingle ne peut être utilisée pour fixer le coquelicot. Semble-t-il qu’il y a un protocole très sévère à cet effet.
  3. Je ne suis pas le seul à trouver l’épingle actuelle du coquelicot de si piètre qualité qu’elle se révèle parfois même dangereuse.

Nonobstant ces considérations, revenons sur le coeur du débat. À quoi pensait-donc Pauline Marois en posant ce geste? Ma première réaction fut de penser que la Première Ministre est tellement obsédée par la cause nationaliste qu’elle tient à en imposer le symbole partout, même par-dessus un symbole aussi rassembleur que le coquelicot. Je percevais cette réaction non comme un plan réfléchi, mais comme l’expression inconsciente des motivations de Marois.

C’était peut-être un peu exagéré comme soupçon. En allant souper avec une de mes amies, j’ai eu droit à une version plus terre-à-terre. Voyons Patrick, une femme ne peut pas se présenter en public avec un coquelicot sur un côté du col de sa chemise, et le fleur de lys de l’autre côté. Elle s’est regardée dans le miroir, a vu que ça ne faisait pas d’allure et s’est dit, ‘Tiens, je vais mettre l’un dans l’autre, c’est joli’. Fin de l’histoire. Mais comme je ne suis qu’un homme et une brute épaisse conditionnée à chasser le mammouth, je n’ai pas immédiatement songé à cette conclusion.

Par contre, mon cerveau préhistorique s’est aussi dit que la foutue épingle retenant le coquelicot est tellement mal conçue qu’à tout coup, le symbole tombe au moment inopportun ou que l’épingle elle-même nous laboure la peau de façon fort inconvenante. Il est possible que l’utilisation d’une autre épinglette plus sécuritaire pour le retenir en place ne soit qu’un réflexe de survie louable de la part de la Première Ministre. Un garde du corps avisé aurait fait la suggestion; c’est du moins la ligne de communication que j’utiliserais…

Dans un cas comme dans l’autre, je crois qu’on passe à côté du message fondamental. Il y a près d’un siècle, des milliers d’hommes et de femmes ont courageusement combattu pour préserver entre autres notre liberté d’expression. La meilleure façon de les récompenser serait de souligner leur sacrifice plutôt que de le récupérer indignement en agissant comme des crétins moralisateurs.

Et comme c’est de saison, je vous laisse sur ma propre version du coquelicot, qui souligne un autre combat mené en novembre:

Comments

One Response to “Les coquelicots de la colère”

  1. Denis Dubois
    décembre 31st, 2012 @ 04:03

    28 novembre 2012, par Denis Dubois
    Je ne suis pas en accord à 100% avec l’article de Caroline Morgan dans le journal LaPresse. Beaucoup de commentaires ont été publiés à ce sujet. Beaucoup ont exprimés leur mécontentement aux motifs que soient eux-mêmes ou de leurs parents sont des vétérans, particulièrement des deux guerres mondiales de 1914-18 et 1939-45 et que le geste de Pauline Marois les a offensé. Je ne partage pas ce mécontentement et il faut plutôt informer les descendants de combattants des deux guerres mondiales fiers avec raison d’avoir des vétérans dans leur famille et les ignorants tels qu’Éric Caire et autres que les circonstances à l’époque étaient fort différentes.
    Concernant le coquelicot épinglé par une fleur de lys, plusieurs personnes portent le coquelicot épinglé avec un unifolié. De nombreux Canadiens anglais portent le drapeau canadien au centre du coquelicot ; personne ne s’en scandalise, bien que ce soit en principe contraire à l’étiquette, selon la Légion Canadienne elle-même.
    Le coquelicot symbolise l’Armistice au terme de la Grande Guerre, celle de 1914-1918. Les militaristes portent le coquelicot rouge et les civils portent le coquelicot blanc.
    Or, les soldats du Québec ont servi sous le drapeau britannique en 1914-18, toujours colonie britannique en tant que Dominion du Canada en 1914 et en tant qu’Alliés en 1939. Ce n’est pas un menu détail de l’Histoire.
    Les Québécois en 1914, ça n’existait pas. Ils étaient non-seulement des Canadiens-français mais des Canadiens, comme tous nos ancêtres.
    Quand la Première guerre mondiale a débuté, moins de 1 000 Canadiens-français se sont portés volontaires. À l’époque, on les intégrait les Canadiens-français (nous n’étions pas encore Québécois mais étions les Canadiens et les autres étaient toujours les Anglais qui dédaignaient à être Canadiens) à des bataillons anglos-protestants qui faisaient la vie dure aux recrues franco-catholiques. Le gouvernement fédéral a fini par créer le 22e Bataillon pour eux, l’ancêtre du Royal 22e Régiment, un régiment essentiellement francophone, basé à la Citadelle de Québec.
    Mais la conscription, lorsqu’elle est mise en oeuvre en 1918, est un échec partout au Canada. Au Québec, l’heure est à la contestation violente. Lors d’une émeute à Québec fin mars 1918, qui a duré plusieurs jours, quatre personnes sont tuées et 70 personnes sont blessées par l’armée qui tire pour disperser les manifestants. En 1940 William Lyon MacKenzie King s’était fait élire avec la promesse de ne jamais imposer la conscription aux « Canadiens-français ». Dès le début de la guerre William Lyon MacKenzie King fait tenir un référendum dans tout le Canada pour se libérer de sa promesse faites au Canadiens-français uniquement. Le plébiscite du 27 avril 1942 a rendu possible la conscription grâce aux voix des anglophones. Les canadiens-français s’étaient prononcés majoritairement contre.
    Les Canadiens sont devenus Canadiens-français après s’être fait voler le nom de Canadien en 1918, Ils se sont fait voler en l’hymne national écrit en 1880 à la gloire du peuple Canadien-français par Adolphe-Basile Routhier et Calixa-Lavallé et maintenant l’on veut nous faire sentir coupable de porter un coquelicot avec l’emblème d’un peuple dont les enfants ont été enrôlés de force pendant les deux guerres mondiales, non ! Madame Marois le 11 novembre prochain portez votre coquelicot fièrement épinglé avec une fleur de lys.

    http://redzone.yorku.ca/2011/11/5-ways-to-keep-your-poppy-on-for-remembrance-day/

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    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

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