Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

Réflexions sur le gaspillage

Posted on | janvier 19, 2013 | No Comments

Le billet d’aujourd’hui ne touche pas à l’actualité, bien que ses préoccupations soient tout en fait en lien avec notre quotidien. Il s’agit plutôt d’une ébauche de réflexions, d’idées que je souhaite coucher par écrit afin de mieux pouvoir y revenir plus tard. Vos commentaires ainsi que vos propres réflexions seront évidemment les bienvenues au bas de ce texte. Vous pourrez le trouver simpliste et réducteur; il n’y a pas d’étude détaillée pour soutenir chaque point, que des préoccupations et une réflexion très succincte appelée à évoluer dans le temps.

On aborde souvent le gaspillage du point de vue du consommateur. L’impulsion effrénée qui nous pousse à se procurer divers objets, trop de nourriture pour nos besoins, ce qui fait que l’on se retrouve à jeter ce qui ne nous convient plus, de même que les aliments qui se gâtent. On met ainsi le fardeau de la culpabilité sur l’utilisateur final du produit, sans trop s’interroger sur la structure qui sous-tend ce mode de vie.

Évidemment, on critique tout autant le gaspillage du point de vue du producteur: suremballage, obsolescence planifiée par exemple. Il est facile mais sans doute trompeur et un peu réducteur par contre de porter tout le blâme du gaspillage sur l’un ou l’autre, consommateur ou producteur. Et si les racines de la surproduction et de la surconsommation étaient enfouies bien plus loin dans notre modèle social?

En fait, le gaspillage est un travers systémique de n’importe quelle économie de marché, et une conséquence inéluctable de la spécialisation du travail. Le concept de marché lui-même dépend du surplus de production. Différents cultivateurs par exemple récoltent leurs denrées en différents niveaux d’abondance, échangent celles-ci par le troc ou la monnaie contre d’autres marchandises. Ce surplus peut ou non être volontaire, dans la mesure où on ne détermine pas par avance le succès des activités agricoles, de chasse et de pêche, par exemple.

Dès que la spécialisation de la production entre en jeu par contre, la création d’un surplus devient une condition nécessaire à la survie économique de l’artisan. Ainsi, un potier peut créer sur demande uniquement les marchandises que viendront lui commander ses clients. Par contre, pour être prêt pour le marché, il peut aussi créer d’avance ses produits de façon à pouvoir les écouler en profitant de l’opportunité offerte, soit la présence simultanée de plusieurs clients potentiels.

L’artisan prend alors un risque, le risque de surproduction, risque tempéré par sa connaissance du marché, du nombre de clients qui y seront, de leurs habitudes de consommation, de leurs besoins et désirs, ainsi de suite. Mais le risque ne peut jamais être complètement atténué et à l’occasion, l’artisan se retrouve avec un surplus de marchandise qui ne peut être écoulé mais dont il doit quand même supporter les coûts de production.

Avec le temps, les stratégies pour lutter contre cette éventualité se sont développées (de façons qui ne sont sans doute pas inéluctables) pour inclure le recours à différents agents ou réseaux de distribution (des revendeurs, des franchisés, etc.) afin de répartir le surplus sur différents marchés, de même que toutes les techniques que nous connaissons pour susciter le désir envers nos produits (publicité, marketing, etc.).Autrement dit, pour équilibrer l’offre et la demande, de préférence afin de s’assurer que la demande soit toujours égale ou supérieure à l’offre.

Mais les conditions fondamentales du marché demeurent inchangées: la nécessité de spécialiser l’effort et de dépendre d’un surplus planifié pour la production. L’échelle a considérablement changé; les capacités de production et de financement, de même que la tolérance au risque des multinationales et des marchés financiers est sans aucune mesure avec celles des siècles précédents. Ceci fait ressortir encore plus cruellement le défaut de notre système économique: l’inévitabilité du gaspillage et les connaissances dramatiques qu’on y connait.

Je n’ai pas de solution. Ce travers n’est pas propre au capitalisme tel qu’on le connaît mais à n’importe quel système économique dépendant de la spécialisation du travail. Ça vaut sans doute la peine d’y réfléchir un peu. J’y reviendrai donc éventuellement, mais pour l’instant je vous invite à commenter. Tout ça a sans doute déjà été abordé ailleurs, n’hésitez pas à me suggérer des auteurs si vous en connaissez!

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  • Photographie par Patrick Meunier

    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

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