Le Gros Bon Sens arrive en ville!

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. (Descartes, Discours de la méthode)

L’inconfort

Posted on | avril 20, 2013 | No Comments

Ce n’est pas la première fois que la situation se produit, mais elle me laisse à chaque fois le même arrière-goût amer. Un événement malheureux se produit quelque par en Occident, et voilà qu’aussitôt les bien-pensants le minimisent en mettant de l’avant la souffrance du Moyen-Orient ou du Tiers Monde. Les réactions aux attentats du marathon de Boston s’inscrivent parfaitement dans ce moule navrant.

L’attentat du 15 avril est de 3 morts et de 170 blessés. La même  journée, des attentats ont fait 37 morts et 270 blessés en Irak. En même temps, la violence se déchaîne sur une base quotidienne en Syrie, comme on s’est rapidement chargé de nous le rappeler.

Chacun de ces décès, chaque blessé est en soi une tragédie, une source de tristesse pour chacun. Ce qui me déçoit cependant, c’est de voir certains tenter de minimiser la portée des événements de Boston au su de ce qui se passe ailleurs dans le monde. Mathieu Bock-Côté a exprimé son point de vue à ce sujet déjà, mais je me permets d’en rajouter une couche, ou peut-être d’apporter une certaine nuance.

La couverture médiatique nord-américaine fait plus de place aux attentats de Boston qu’à ceux ailleurs dans le monde, certes. Cela ne signifie pas en soit qu’elle est insensible à la douleur, ailleurs, mais plutôt que son lectorat, légitimement, risque d’être plus préoccupé par les attentats domestiques. Boston n’est pas si loin. J’y ai des amis, des connaissances, j’y ai mis les pieds. Je me sens plus interpellé par ce crime que par celui se produisant en Irak (où je ne connais pas personne, à part Pierre Foglia qui va y faire du vélo à l’occasion) mais, nuance importante, je ne minimise pas la douleur et le deuil vécu par quiconque ailleurs dans le monde ce faisant.

Critiquer la couverture médiatique en rappelant le poids des décès à l’étranger, en rappelant que les États-Unis et le monde occidental, par leur politique étrangère, y sont pour quelque chose, reviens non seulement à minimiser la portée du geste terroriste en Occident mais d’une certaine façon à le légitimer. La violence en Syrie est plus fréquente, donc plus importante que celle en Amérique? Voilà alors qu’indirectement un mort américain a moins de valeur qu’un mort syrien. S’il vaut moins, si, en suivant cette spirale de logique tordue, il en finit par ne plus rien valoir du tout, alors cette violence, cette terreur devient légitime en Amérique.

Mais voilà, la terreur n’est jamais légitime, ni ici ni ailleurs. Il n’y a rien de légitime ni dans le décès d’un spectateur de 8 ans au marathon de Boston, ni comme dans le décès d’un enfant irakien lorsque le mariage de sa famille est bombardé par inadvertance. Il n’y a qu’une tragédie et une tristesse infinie dans les deux cas.

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  • Photographie par Patrick Meunier

    Tous droits réservés, Patrick Meunier, 2010

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